L’arrestation vendredi d’une vingtaine de manifestants et leur audition, hier, par les juges d’instruction des tribunaux de Sidi-M’hamed et de Bab El Oued a donné lieu à des mises sous mandat de dépôt de 15 d’entre eux, tandis que trois autres ont été transférés vers le commissariat de Cavignac pour un supplément d’enquête.
Selon des avocats, dont M. Noureddine Benissad, les accusés sont poursuivis pour «port d’un emblème autre que celui national », mais aussi «pour atteinte à l’unité nationale». Pour l’avocat et président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme, l’accusation d’atteinte à l’unité nationale relève plutôt « du criminel », d’où le risque de lourdes peines contre les détenus.
Même si un appel sera introduit, aujourd’hui, de la décision des procureurs de la République des deux tribunaux et confirmée par les juges d’instruction des deux tribunaux, les accusés risquent une peine qui pourrait aller jusqu’à 20 ans de prison. Lila Hadjarab, députée et avocate, a estimé que la décision d’interdire le drapeau amazigh et l’arrestation des manifestants puis leur incarcération « est une provocation » contre tous «les amazighs de l’Afrique du nord». Elle a dénoncé le fait que les services de sécurité «n’ont saisi que le drapeau amazigh, mais pas ceux des autres Nations».
Elle a expliqué que la loi ne prévoit pas d’arrestation ou des condamnations sauf si «le drapeau a été brûlé, déchiré…».
Ce qui n’est pas le cas des manifestants arrêtés. Fetta Sadat, députée et avocate, a expliqué que les arrestations n’ont aucune base légale sur laquelle elles peuvent s’appuyer. D’autres avocats ont dénoncé le recours à de telles accusations alors qu’elles sont dépourvues de références légales, même si, ajoutent-ils, le juge d’instruction et les procureurs ont fait référence à l’article 79 du Code pénal. « Cela ne participe nullement à l’indépendance de la justice, mais elles étonnent les Algériens qui se battent depuis 18 semaines contre l’injustice et la répression », a dit Fetta Sadat. « Les citoyens pacifiques qui manifestent sont poursuivis pour atteinte à l’unité nationale alors qu’ils revendiquent la liberté et un état de droit, contre les dictatures », a-t-elle ajouté.n