Vingt mois après la mise en marche de la planche à billets, le gouvernement Bedoui décide de mettre le holà. Le porte-parole de l’Exécutif l’a annoncé hier, dont les propos ont été répercutés par l’agence APS. Une décision qui surprend plus d’un, d’autant plus que, théoriquement, le financement non conventionnel court jusqu’à 2021, échéance durant laquelle les finances publiques devraient retrouver l’équilibre, à la condition que les réformes devant accompagner
la mise en œuvre de la planche à billets soient strictement respectées et appliquées.

On n’en est pas encore là, puisque les réformes budgétaires et économiques prévues ont été mises au placard pour des raisons inexpliquées. La planche à billets, faut-il le rappeler, a été mise en marche à un moment où les caisses de l’Etat étaient quasi-vides.
Les opérations d’Open Market et de réescompte décidées par la Banque d’Algérie afin de relever un tant soit peu le niveau de la liquidité bancaire n’a pas donné les résultats escomptés, alors que bien des institutions financières et non financières étaient également en sous liquidité, dont le FNI, la CNR et des banques à l’instar de la BNA. L’approvisionnement de ces institutions en liquidité, pourtant nécessaire pour éviter un défaut de paiement, a soulevé un tollé, étant donné que le mode de financement choisi était porteur de risques. Cependant, la Banque d’Algérie a promis de mettre en place des garde-fous, un comité de veille et la mise en application d’opération de stérilisations des liquidités si cela s’avérerait nécessaire. Maintenant que le gouvernement Bedoui décide de faire table rase des décisions prises par les précédents gouvernements, cela revient à dire que l’actuel Exécutif semble trouver enfin la clef de sortie d’une crise financière grave, née d’un spectaculaire retournement de situation sur le marché pétrolier mondiale. Quelle alternative à la planche à billets ? Il est vrai que, de l’avis même de la banque centrale, une partie de l’argent imprimé n’a pas été jusqu’ici utilisé, mais il est peu probable que le gouvernement puisse répondre aux besoins actuels et futurs en financement avec les seuls revenus de la fiscalité ordinaire et pétrolière. Celles-ci, combinées, génèrent des rentrées estimées à environ 6 000 milliards de dinars, alors que les deux budgets de fonctionnement et d’équipement réunis culminent à plus de 8 000 milliards de dinars, ce qui induit un déficit budgétaire d’un peu plus de 2 000 milliards de dinars. A moins que le gouvernement coupe dans les deux budgets pour ramener les dépenses à moins de 6 000 milliards de dinars. A ce moment-là, s’il touche au budget de fonctionnement, de surcroit incompressible dans certains de ses compartiments, il risque de faire face à la grogne sociale, alors que s’il coupe dans le budget d’équipement il affectera forcément la croissance économique et l’emploi. Un dilemme pour le moins cornélien. Pour le moment, on ne connait pas encore la recette magique par laquelle le gouvernement entend réussir l’approvisionnement des institutions en argent frais, tout en accélérant le rythme de la croissance économique. La décision de suspendre les tirages de monnaie reste inexpliquée, tout comme les alternatives à la planche à billets, d’autant plus que le même gouvernement vient de balayer d’un revers de la main l’éventuel recours à l’endettement extérieur pour le financement, du moins de certains projets d’équipement. Les réserves de change stockées dans les banques souveraines occidentales ne peuvent, elles, répondre qu’à un strict besoin lié à la couverture des transactions avec le reste du monde, dont les importations de biens et services. Même si le recours à la planche à billets, dès octobre 2017, a suscité de vives polémiques aussi bien à l’intérieur du gouvernement que parmi les experts et les économistes, il est peu probable que le pays puisse se détourner aujourd’hui aussi facilement de ce choix.n