Le gouvernement a décidé d’arrêter la planche à billets, faisant ainsi cesser l’hémorragie monétaire. Il s’agit d’une décision très éclairée. Plusieurs experts pensent d’ailleurs qu’il était temps de le faire afin de limiter l’exposition du pays au risque inflationniste. Seulement, et beaucoup le soulignent, l’actuel gouvernement, étant censé « expédier les affaires courantes » seulement, n’est pas habilité à prendre aujourd’hui une décision aussi importante. Le financement non conventionnel est sous-tendu par une loi. Et l’engagement de l’abandonner aurait dû passer par une loi.

Or, le cabinet Bedoui ne peut soumettre aucun projet de loi, y compris des textes essentiels tels que le projet des loi de finances complémentaire 2019. L’Exécutif avait discuté du recours à la planche à billets, en 2017, lors d’un Conseil des ministres. Il a annoncé, hier, y avoir mis fin, à travers une déclaration laconique, formulée par le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Hassane Rabhi, en marge du lancement d’une session de formation sur l’environnement au profit de journalistes. Le ministre a en effet indiqué que l’ère de la planche à billets « était révolue », affirmant que l’Algérie tourne résolument, la page de ce mode de financement non conventionnel. En fait, la planche à billets n’était rien d’autre qu’un appel d’air frais en direction d’une économie en difficulté, alors que ce n’était pas cette politique qu’il fallait mener. Mais que faut-il faire maintenant pour assainir l’économie ? Le gouvernement semble avoir envisagé des solutions de substitution, à moindre coût, au financement non conventionnel. Pour faire face à ses engagements budgétaires, Rabhi a assuré que l’Exécutif avait pris des mesures devant permettre au pays d’éviter les risques qui pourraient porter préjudice à l’économie nationale. La préservation du pays, de l’économie et ses institutions nationales est la responsabilité de tout un chacun, a-t-il affirmé. Le représentant du gouvernement Bedoui ne fournit toutefois pas de détails plus précis sur ce que sera la politique de financement de l’économie, maintenant que la planche à billets a été abandonnée. Le gouvernement aura fort à faire, dans une conjoncture politique difficile, pour pouvoir remettre l’économie sur les rails. Des spécialistes des questions sont catégoriques : avec des réserves de change qui fondent comme neige au soleil, le pays n’aura qu’un seul choix : solliciter des crédits auprès du FMI. Hassane Rabhi a exclu, hier, le recours au fonds monétaire. Rachid Sekak, ancien directeur à la banque d’Algérie et patron de HSBC Algérie, s’exprimant dans nos colonnes, a expliqué qu’il « me paraît possible de construire un programme de réforme sur 7 ans et de dégager des marges de manœuvre sur une telle période. Bien qu’en baisse sensible, a-t-il rappelé, les réserves de change offrent une «visibilité sur 4 ou 5 ans». Et le recours à un endettement extérieur de qualité, dit-il, pourrait apporter 1 à 1.5 année de flexibilité notamment au travers le financement de projets sains et porteurs de croissance, destinés à l’export principalement.

Planche à billets : recours injustifié
Pour Sekak, une gestion « plus active » de la balance des services, caractérisée par un montant moyen annuel d’importations d’environ 12 milliards de dollars et l’encouragement de l’import substitution dans ce domaine pourraient apporter une «année de répit». Il a également proposé «un ajustement progressif» du taux de change pour améliorer à la fois les recettes fiscales et la compétitivité des entreprises. Appelé communément la planche à billets, ce mécanisme de financement représentait, selon les arguments avancés par le gouvernement de l’époque, une « réponse urgente » aux rétrécissements des liquidités bancaires, du fait d’une chute brutale des cours du pétrole à compter de la mi-2014, alors que le recours aux alternatives de l’endettement extérieur ou l’introduction de nouveaux impôts était catégoriquement exclu. La crise financière sévère, induite par le déclin drastique des prix pétroliers, s’est traduite notamment par l’épuisement du Fonds de régulation des recettes (FRR), en février 2017, amenant le pays à recourir à ce dispositif transitoire. Entre la fin de 2016 et celle de 2017, les réserves de change du pays s’étaient contractées de près de 17 milliards de dollars, passant de 114 mds USD à 97,3 mds USD.
Outre la couverture des besoins du Trésor, le financement non conventionnel était destiné au remboursement de la dette publique interne, notamment les titres de l’emprunt national pour la croissance, levé en 2016, ainsi que les titres émis en contrepartie du rachat de la dette bancaire de Sonelgaz et ceux émis au profit de Sonatrach, en compensation du différentiel sur les prix des carburants importés et de l’eau dessalée. Il devait également offrir au Trésor la possibilité de doter en ressources le Fonds national d’investissement (FNI), au titre des prises de participation de l’Etat dans des investissements ou des financements, à long terme, de programmes publics d’investissements. Toutefois, dans une note publiée le 1er avril dernier, la BA avait explicitement estimé que le recours de l’Algérie à la planche à billets était dès le début injustifié. La Banque des Banques a même qualifié de «paradoxal» l’appel insistant, lancé en avril 2017 par les initiateurs de ce financement, une «Task Force» installée auprès de la Primature de l’époque. La BA avait estimé que la situation en Algérie durant les premiers mois de 2017, était loin de présenter des similarités avec les cas exposés dans la note des experts (Etats-Unis, Europe, Japon) qui seraient susceptibles de justifier le recours au financement non conventionnel, dans notre pays.n