Selon l’expert financier international Mohamed Boukaraoun, le montant des sommes en liquide que détiennent des Algériens à l’étranger s’élève, à fin 2018, à près de 300 milliards de dollars. « Ce montant ne peut que susciter des questions et dont la population attend son rapatriement, car c’est le fruit de la dilapidation dont sont à l’origine de nombreux responsables politiques, hommes d’affaires proches du système en place et industriels sans scrupules », a souligné Boukaraoun. Ce dernier, qui s’exprimait lors d’une conférence qu’il a animée avec son homologue Mohamed Bouchakour et organisée par le Collectif de la société civile pour une transition pacifique et démocratique, hier, au siège de l’association « SOS-Disparu », juge impératif de mettre un terme définitif à cette dilapidation. Car selon Boukaraoun « ne rien faire peut mener le pays au chaos». Pour l’expert financier, il s’agira de faire vite et avec beaucoup de discernement. En d’autres termes, « barrer la route aux auteurs de la crise économique», suggère l’expert financier. Également, et c’est aussi une priorité, «réintroduire la bonne gouvernance qui sera l’aboutissement d’une transition économique, pilotée par des experts dans le domaine, car on ne peut plus se permettre de continuer de perdre du temps, les difficultés présentes et la corruption qui s’est généralisée ne sont que l’héritage d’une mauvaise gouvernance». En somme, selon le conférencier, il va falloir établir une feuille de route élaborée par des personnes compétentes, « c’est le meilleur moyen de stopper le déclin d’une économie en perdition ». Comme il a averti que la période de transition a un prix à payer, « douloureux, certes, mais ô combien utile pour l’avenir du pays ».
De son côté, M. Bouchakour, qui intervenait sur l’intérêt d’une période de transition économique, dira qu’«elle va permettre de lever des contraintes, notamment le phénomène de la corruption qui a pris chez nous des proportions alarmantes ». Pour Mohamed Bouchakour, dans cette perspective, « il ne sera plus question de mettre sur le marché des sommes faramineuses servant à financer des commandes publiques, sans prévoir des institutions et des instruments de régulation et de contrôle rigoureux ». Toujours en rapport avec le besoin de revoir notre modèle de gouvernance économique, «l’Algérie n’a pas d’autre choix que d’accélérer les réformes structurelles, microéconomiques et institutionnelles, condition de la stabilité macroéconomique, sociale et politique, et donc rétablir comme symbole de la réussite, le travail et l’intelligence ». Ajoutant que la poussée démographique est un sérieux défi auquel il faut vite se préparer à relever.
Interrogé sur le bienfondé et de l’utilité de la planche à billets, M. Boukaraoun dira tout de go : « Aujourd’hui, se passer de la planche à billets est devenu quasi impossible, depuis que le Trésor public n’est plus en mesure de remplir sa mission d’assurer le budget de fonctionnement de l’Etat ». Ajoutant dans ce sens : « Arrêter la planche à billets à brève échéance, ce n’est plus possible à moins que nos fonctionnaires acceptent de ne pas percevoir leurs mensualités trois mois durant. Ce qui paraît tout à fait inconcevable dans l’esprit des fonctionnaires». Une approche qui a tout l’air d’une riposte à certains économistes nationaux, qui jugent que « la planche à billets est une fausse solution à un vrai problème. «Pour l’heure, la planche à billets est utile et va le rester encore jusqu’à ce que le Trésor public soit suffisamment renfloué pour sortir de sa situation de déficit ». Mais, selon M. Bouchakour, l’argent issu de la planche à billets manque d’efficacité sur l’économie, contrairement à ce qui était prévu pour défendre l’idée d’aller vers cette solution.
En effet, selon Bouchakor, sur les
6 555 milliards imprimés au 31 décembre 2018, il a été révélé que 2,3 MDA ont servi à l’assainissement financier des banques et des entreprises publiques, 2,457 aux besoins de financement des projets d’infrastructures (notamment l’habitat), 650 MDA à la Caisse nationale de retraite et, enfin, 935 MDA au Fonds national de l’investissement (FNI). Comme il a évoqué qu’il n’est plus concevable de consacrer 20 milliards de dollars pour maintenir la politique de subventions alors que nos recettes extérieures sont tombées à 45 milliards de dollars. «Un rapport des plus inquiétants. Il faudra donc vite s’atteler à prendre les décisions qui s’imposent. Elles seront certes douloureuses mais grandement utiles », a averti enfin Benkaraoun.n