A l’initiative de la commission chargée de la santé, de l’hygiène et de la protection de l’environnement et à la faveur de la saison estivale, le siège de l’APW a abrité, jeudi 20 juin, une journée de sensibilisation sur les maladies à transmission hydrique (MTH) qui représentent un véritable problème de santé publique et un casse-tête pour les autorités locales.

Dans sa communication inaugurale sur « La situation épidémiologique » au niveau de la wilaya de Tlemcen, le Dr Houria Lallout, chef de service épidémiologie et prévention auprès de la DSP, a donné des exemples de MTH, comme la fièvre typhoïde, la dysenterie, l’hépatite A, le choléra, la toxi-infection alimentaire collective (TIAC) qui sont des maladies dites à déclaration obligatoire. Le pic des TIAC a été atteint durant la période 2013-2015. De janvier à mai 2019, il a été enregistré 126 cas de TIAC, 2 cas de fièvre typhoïde et 65 cas d’hépatite A. En cas d’atteinte, deux mesures urgentes sont prises, à savoir l’hospitalisation idoine et les analyses spécifiques. L’intervenante plaidera pour l’éradication des bidonvilles et la « réhabilitation » des bureaux d’hygiène communaux (BHC). Assia Zendagui, cadre à l’ADE, parlera des « mesures pour lutter contre les MTH », à l’instar du traitement et de la désinfection des eaux. Une opération qui a nécessité 251 quintaux de chlore et de chaux pour un coût de 500 millions de centimes. En 2019, 55 sources et 64 puits ont fait l’objet de tests. De janvier à mai de cette année, il a été enregistré 4 cas de pollution, alors qu’en 2018, il est fait état de 25 cas de cross connexion. « La mobilisation des ressources en eau et l’amélioration de la qualité en matière d’AEP » est le sujet traité par Idriss Mellouk, cadre à la DRE (hydraulique). Il indiquera que 59 communes sont gérées par l’ADE et 14 autres par les APC. La production est estimée à 42 000 m3/J. Il fera remarquer que la production au niveau de la station de Souk Tleta a accusé une baisse passant de 200 000 m3 à 30 000 ou 35 000 m3/j. Dans ce sillage, l’ADE a bénéficié d’une enveloppe de 150 millions de DA pour la réhabilitation du réseau d’AEP. Par ailleurs, il existe 3 STEP à Tlemcen, Maghnia, Sidi Senouci, dont l’eau épurée est destinée à l’irrigation (700 ha). Par rapport à la couverture hydrique, le taux de raccordement est estimé à 85% (fin 2019). La problématique de la « gestion du service public et la protection des ressources en eau » sera abordée par Ammaria Slimani, chef de département exploitation et maintenance auprès de l’ONA. Le réseau dudit office compte 8 centres dont Tlemcen, couvrant 7 communes, Maghnia (6), Ouled Mimoun (5), Bab El Assa (5), Ghazaouet (4), Bensekrane (4), Nedroma (5) et Remchi (5) ainsi que 3 STEP, 9 stations d’assainissement et 3 stations de relevage, selon la responsable qui expliquera au passage la procédure de raccordement domestique ou industriel. A l’actif des services techniques de l’ONA, quelque 3 362 interventions avec le curage d’un linéaire de 2 008 km (dont 21 pour le compte de particuliers) et 15 705 entre avaloirs et collecteurs (réceptacles).

MTH, une tendance évolutive
En termes d’épuration, il a été réalisé, de janvier à mai 2019, un volume de 2 353 m3 qui a nécessité une alimentation en énergie de 74 687 Kw, la STEP de Tlemcen (Aïn el Hout) traite un volume de 30 000 m3/j. Pour l’anecdote, l’intervenante précisera que ses services ont mis deux mois et demi pour déboucher une conduite au niveau du faubourg de Sidi Chaker, à cause d’une peau de mouton jetée. Nadjia Hendouci, chef de service auprès de la direction du commerce, mettra en exergue le « rôle de la DCP dans la lutte contre les MTH et les TIAC ». L’intervenante expliquera les missions desdits services de contrôle avant de présenter le bilan établi au titre de l’exercice 2019 illustré par 5 421 interventions, notamment dans le secteur de l’agroalimentaire à travers 220 produits, avec 2 288 infractions constatées, 282 P-V dressés, 28 échantillons prélevés, 71 tonnes saisies et 17 propositions de fermeture. A noter que les cantines scolaires et les cuisines relevant du secteur de la formation professionnelle ont fait l’objet de 128 inspections. Le volet contrôle des piscines n’a pas été évoqué à cette occasion, faut-il le souligner. Le Dr Latifa Henaoui, épidémiologiste au CHUT, s’intéressera à la « tendance évolutive des MTH au niveau de la wilaya de Tlemcen », à travers une étude portant sur la période 2009-2019 où il a été enregistré 30 MTH. A ce titre, les localités touchées par la fièvre typhoïde sont Tlemcen, Beni Mester, Chetouane (56 cas), Aïn Fezza (47), Oued Lakhdar (44), Tegma (2). L’âge des sujets varie entre 10 et 40 ans. A noter que le pic de fièvre typhoïde a été atteint entre 2008 et 2009 à Beni Mester et Chetouane. L’épidémiologue recommande à cet effet le traitement des puits et la désinfection des fruits et légumes. Le Dr Yamina Badla, maître assistant au CHUT, ciblera les « toxi-infections alimentaires collectives (TIAC) ». Le taux d’hospitalisation représente 10% et celui de mortalité 01%. Le couscous, la viande et les pâtisseries sont les aliments incriminés dans ce cadre, sans compter le cachir qui cause le botulisme. La brucellose (fièvre maltaise) due à la consommation de lait de vache cru contaminé, non pasteurisé, est-elle considérée comme une MTH ? Le Dr Nassima Sour du CHUT parlera de « la fièvre typhoïde ». Le taux de prévalence est de 15 à 20% alors que celui relatif aux cas de rechute est de l’ordre de 12%, selon l’intervenante. La thérapeutique consiste en l’administration d’antibiotiques assurant une guérison en 7 ou 8 jours au lieu de 20, le vaccin n’existant pas.
A noter que la contagion peut survenir à la suite de relations homosexuelles. Sa consoeur Fatima Zohra du CHUT évoquera « le choléra » en termes alarmistes. Et pour cause, le malade est comparé à un « robinet » (perte d’un litre par heure et 100 selles par jour). Le vaccin, qui n’est pas disponible, permet une protection de 6 mois. Cependant, la meilleure prévention réside en l’hygiène dans le cas de ces maladies dites des mains sales, selon ce médecin. «L’hépatite virale A» est le thème choisi par le Dr Belkhater du CHUT qui soulignera que cette épidémie est endémique dans les zones à hygiène précaire, où l’eau et les selles sont mises en cause. L’hépatite A (ou jaunisse) qui est une maladie bénigne, non contagieuse, est contractée au niveau des crèches, écoles, campus. Les signes ressemblent à ceux de l’influenza ; chez le nourrisson, la jaunisse (ictère) peut se manifester sous une forme asymptomatique non apparente. Quant au vaccin, il assure une protection de l’ordre de 80%. Il faut souligner que les travaux de cette journée qui ont été marqués par l’absence de débat, ont été sanctionnés par une série de recommandations. Rappelons enfin que le thème des MTH avait été inscrit à l’ordre du jour de la première session ordinaire de l’APW(2016). n