Leur avocat, des élus RCD, la LADDH et le
« réseau contre la répression, pour la libération des détenus d’opinion et pour les libertés démocratiques » dénoncent une diversion et une dérive du pouvoir politique.

Huit manifestants ont été interpellés et arrêtés par les services de sécurité, vendredi dernier, lors des manifestations à Alger contre le système politique en place. Ces personnes seront présentées aujourd’hui, en début de matinée, devant le Procureur de la République. Selon leur avocat, Maître Salah Abderrahmane, « elles sont poursuivies pour délit d’attroupement et outrages à corps constitués ». Ces charges, expliquent l’avocat, sont «insensées». Elles ont été inventées de toutes pièces pour mouiller, selon lui, des manifestants qui brandissaient le drapeau berbère. « Or, a-t-il poursuivi, aucun texte de loi ne prévoit de peine contre quiconque brandit ce drapeau ».
D’après Maître Abderrahmane, les huit personnes arrêtées par la police l’ont été « arbitrairement ». Elles payent le prix d’une procédure absurde, nourrie par les déclarations du chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah, qui avait mis en garde, lors de son intervention à Béchar, contre le port de drapeaux « autres » que l’emblème national. Pour sa part, l’élu RCD Réda Boudraâ affirme que le nombre de manifestants arrêtés par la police, en possession du drapeau berbère, est plus élevé. Il avance le chiffre de onze personnes devant être présentées aujourd’hui devant le Procureur. Si l’accusation d’« outrage à corps constitués » est retenue par la justice, les prévenus risquent, selon l’article 144 du Code pénal, une peine d’emprisonnement de deux mois à deux ans et une amende de 1 000 à 500 000 dinars. Ce qui scandalise l’avocat Abderrahmane ainsi que la députée RCD Fetta Sadat. Cette dernière dénonce une
« autre preuve de l’aliénation de la justice » et une « vaine diversion-manipulation » du pouvoir politique. Elle ajoute qu’« un nombre incalculable de manifestants ont été arrêtés et conduits dans différents commissariats de la capitale pour possession du drapeau amazigh». De son côté, le vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), Saïd Salhi, accuse « le système de se lancer dans un jeu pernicieux et dangereux ». «Le système se venge des manifestants pacifiques en possession des drapeaux amazigh, car la tentative de diviser le peuple algérien n’a pas réussi.
Il a décidé d’intenter des procès aux conséquences graves ». Maître Salhi appelle les autorités à « stopper cette dérive » et à « libérer l’ensemble des manifestants et détenus depuis avant-hier, et à l’abandon des poursuites judiciaires ». Par ailleurs, et dans un communiqué rendu public, le Réseau contre la répression, pour la libération des détenus d’opinions et pour les libertés démocratiques a dénoncé des « actes de violence et des atteintes au libre exercice des droits démocratiques ». Le réseau cite entre autres des arrestations de nombreux manifestants avec confiscations de drapeaux amazigh, usage de gaz lacrymogènes et dispersion violente au cœur de la manifestation ». Il proteste contre ce qu’il qualifie d’« escalade de la violence d’Etat et de la répression policière ».<