Les éditions de l’Entreprise nationale des arts graphiques (Enag) viennent de publier deux nouveaux romans d’Ali Kader, le premier est intitulé «Argaz n Yemma», écrit en tamazight, et le second «Une femme, deux hommes et un mariage », écrit en langue française. Les deux romans ont pour point commun la thématique de l’émigration et la condition féminine dans la société algérienne.

Le premier roman «Argaz n Yemma» (Le mari de ma mère), en tamazigh avec des caractères latins, revient sur l’histoire de ses légions de mères courage qui, dans les villages des années soixante-dix, étaient mariées à des émigrés. Des maris fantômes qu’elles ne voyaient qu’une fois par an, qui les engrossaient et repartaient de l’autre côté de la Méditerranée, leur laissant derrière eux la responsabilité d’élever seules leurs enfants. Ainsi, «Le mari de ma mère » raconte l’histoire d’une famille, dont le père émigré en France, abandonne la femme qu’il a épousée au village, quand il découvre qu’elle a enfanté deux enfants handicapés.
Après être revenu deux ou trois fois en Algérie, il oublie complètement sa famille et les abandonne à leur sort pour se remarier en France. Le lecteur est convié à suivre l’histoire du fils qui, plusieurs années plus tard, décide d’aller en France pour rencontrer ce père qui n’a même assisté à l’enterrement de sa femme.
Une épouse humiliée par l’abandon et qui s’est sacrifiée toute sa vie pour élever dignement ses enfants. Ali Kader, invité récemment à la rencontre littéraire, organisée à l’Agora du livre de la librairie Mediabook de l’Enag, a confié aux présents à propos du choix d’écrire en tamazigh : «Je voulais vraiment le faire, mais cela n’a pas été facile car il fallait maîtriser cette écriture. J’ai délibérément choisi l’écriture des années soixante-dix en caractères latins. Et c’est une amie linguiste, professeur de langue tamazigh, qui a apporté les corrections nécessaires.» Il confie, également, qu’il s’attend à quelques remarques ou critiques de la part des linguistes, mais que ce qui était important, pour lui, c’était d’écrire cette histoire en tamazight car c’est un sujet profondément ancré dans l’histoire des villages kabyles. L’auteur ajoute qu’il est conscient qu’il y a, en ce moment, un grand débat autour de l’écriture des œuvres littéraires en tamazigh, mais il préfère se tenir loin des polémiques sur le choix des caractères pour les œuvres littéraires en tamazight et le débat entre les trois écoles, en tifinagh, en caractères latins et en caractères arabes.
Abordant également la thématique de l’émigration et, plus précisément, l’exode des nouvelles générations vers l’Europe, dans l’espoir d’un avenir meilleur à travers le truchement des mariages blancs, le deuxième nouveau roman d’Ali Kader intitulé «Une femme, deux hommes et un mariage» raconte les aventures de trois jeunes Algériens, Dalila, Sofiane et Lyes qui, pour échapper à leurs conditions sociales et à la malvie en Algérie, décident de faire un mariage blanc. Trois histoires de mariage de raison où chacun d’eux accepte de sacrifier ses sentiments pour obtenir un visa et des papiers en France, avec l’illusion de trouver de meilleures conditions de vie.
Pour Dalila, c’est son frère qui lui conclut l’affaire avec quelqu’un qu’il connaît, pour l’autre, ce sont les réseaux sociaux qui lui permettront de rencontrer celle qui va le sortir du pétrin, et pour le plus jeune, il devra finalement payer une filière spécialisée dans ce genre de mariage arrangé pour les désespérés. Les destins de ces trois personnages vont s’entrecroiser et, sans dévoiler la fin tragique au lecteur, le constat des personnages est que la réalité au pays de l’eldorado est bien amère.
Ainsi, à part le personnage de Sofiane qui arrive à s’adapter et à récolter le précieux sésame d’obtenir les papiers, le destin de Dalila, et surtout de Lyes, sont très loin de la vie en rose tant désirée. Le roman est l’occasion aussi d’aborder les réseaux criminels de terrorisme en France et leurs techniques de manipulation pour piéger les Algériens.
Il est à noter que lors de la rencontre organisée à la librairie Mediabook de l’Enag, Ali Kader a confié que la plupart de ses romans sont inspirés d’histoires vraies. Des romans dont le déclic est soit l’actualité des articles de société publiés dans les journaux, soit les témoignages directs de personnes de son entourage.
Fadhel Zakour, chargé de communication-nouvelles parutions de l’Enag, nous annonce en marge de cette rencontre que plusieurs nouvelles œuvres sont sous presse et seront incessamment présentées aux lecteurs. Il explique que l’Enag publie des nouveautés tout au long de l’année et pas seulement durant le grand rendez-vous littéraire du Salon international du livre d’Alger (Sila).
A propos des rencontres «Agora du livre », animées par Abdelhakim Meziani à la librairie Mediabook de l’Enag, Fadhel Zakour souligne qu’il était important de présenter ces deux nouvelles publications dans cet espace d’échanges entre l’auteur et les lecteurs, «dans un esprit de rapprochement ». Il précise que les rencontres hebdomadaires vont se poursuivre au mois de juillet. En ajoutant que «depuis le mois de février dernier, on est toujours dans une perspective de continuité. On ne se contente pas des auteurs édités à l’Enag mais, on s’intéresse aussi aux auteurs édités dans les autres maisons d’édition. Ceci dans l’esprit de la promotion du livre et de la lecture auprès du grand public à travers des actions de proximité».