Encore une fois, l’institution militaire est au centre des appels lancés par la classe politique, particulièrement l’opposition. Au lendemain du 18e vendredi de manifestation, Abdallah Djaballah, président du Front pour la justice et le développement (FJD-El Adala), estime que la solution à la crise passe inéluctablement par un dialogue avec l’Armée.
«La crise que vit le pays ne peut être réglée que par un dialogue souverain, sérieux et responsable avec l’institution militaire ou celui désigné parmi les civils jouissant de la légitimité populaire», a écrit, hier, le chef du parti islamiste sur sa page Facebook, relançant ainsi une issue quelque peu oubliée par l’accélération des événements. Pour Djaballah, ce dialogue doit être axé «autour des moyens à même d’appliquer l’article 7 de la Constitution». Lequel dispose que le peuple est source de tous les pouvoirs. L’application de cet article, estime le leader d’El Adala, «va dans le sens de la concrétisation des revendications du peuple et lui permettra de retrouver son pouvoir et sa souveraineté à tracer son avenir, comme il l’exprime dans ses marches qui se poursuivent depuis le 22 février 2019». La sortie de Djaballah intervient au moment où les marcheurs du vendredi 21 juin, à travers le territoire national, ont adressé une réponse claire au dernier discours du chef d’état-major de l’Armée sur le drapeau. Les Algériens ont marché «khawa-khawa», dans l’union, arborant le drapeau algérien et surtout l’emblème amazigh qui représente l’identité profonde de ce pays. Relancer cet appel à l’institution militaire est-il une manière d’insister sur le rôle que devrait avoir l’Armée, en particulier le général de corps d’armée, Ahmed Gaïd Salah, dans le règlement de la crise ? C’est une question qui s’impose en tout cas car, il faut le rappeler, le président du FJD est chef de file de ce qui est appelé les «Forces du changement pour le triomphe du choix du peuple», conglomérat qui réunit partis, syndicats et personnalités politiques. D’ailleurs, les membres de cette coalition entrent dans les derniers préparatifs d’une conférence nationale, fixée provisoirement au 29 juin prochain. Un certain nombre de contacts ont été pris avec quelques partis et autres personnalités, dont Ahmed Taleb Ibrahimi et Djamila Bouhired, pour participer à cet événement, que Djilali Soufiane, président de Jil Jadid, qualifie d’un autre Mazafran. «C’était le cas lors de la rencontre de l’opposition, qui s’est tenue au Mazafran en 2014. Tout avait commencé par le rassemblement de quatre formations politiques.
Et comme chaque fois dans ce genre de cas, il y a eu comme une dynamique, un effet boule de neige. Le regroupement a fini par devenir le plus grand rassemblement de l’opposition», a-t-il déclaré, dans un entretien accordé à un média en ligne. Ajoutant que avoir préconiser «la préparation d’un document consensuel qui sera rendu public et diffusé le jour de la réunion».
Pour rappel, la base de travail de l’opposition réunie dans les « Forces du changement » est la feuille de route qui s’articule autour d’une période de transition limitée à 6 mois, lors de laquelle les prérogatives du président sortant seront transférées à une instance présidentielle, composée de «personnalités nationales crédibles, honnêtes et compétentes». Cette instance aura pour mission de nommer un gouvernement de compétences nationales pour la gestion des affaires courantes, de mettre en place une commission nationale indépendante d’organisation des élections et, enfin, de réviser la loi électorale de façon à garantir des élections libres et transparentes. C’est dans ce sens que Abdallah Djaballah tacle indirectement le chef d’Etat intérimaire Abdelkader Bensalah qui, dans sa conception, ne doit pas faire partie de la solution. En parlant d’une personnalité «jouissant de la légitimité populaire» pour mener le dialogue à défaut de l’Armée, Djaballah insinue clairement que Bensalah ne jouit pas de cette «légitimité» pour mener la mission.<