Cette CAN 2019 commence déjà par la remise en cause d’une « sentence » répétée par plus d’un, celle qui décrit le football comme l’opium du peuple. Au fur et à mesure, le sport roi est en train de devenir celui des rois. Les bourses de monsieur « tout le monde » ne permettent plus d’assister aux matchs de foot. Les nantis sont en train de s’accaparer les stades, que ce soit sur le terrain, ou dans les gradins.

Pour cela il suffit de se référer aux trois rencontres qui se sont déroulées ce samedi pour le compte de la première journée des groupes A et B. Au delà des résultats, il y a surtout le constat visuel : les tribunes étaient quasiment vides.

Certains osent déjà faire un raccourci. Selon eux, si les tribunes étaient vides c’est en signe de protestation contre le régime de Sissi après la mort, le 17 juin dernier, de l’ex-Président, Mohamed Morsi. Une explication dénuée de sens et démenti par ce que tout le monde aura vu la veille. Le match Egypte-Zimbabwe s’est déroulé devant des tribunes archi-comble, plus de 74 000 spectateurs. Le malaise est ailleurs.

Il est question de niveau de vie. Le pouvoir d’achat des égyptiens les empêche tout simplement de se permettre cette folie, celle d’assister aux matchs de football de cette Coupe d’Afrique des Nations qui se déroule chez eux, et dont le favori numéro un est leur sélection.

Pour les matchs de la sélection égyptienne les prix des billets varient entre 200 livres (équivalent à 1430 Dinars Algériens, DA, au taux officiel) et 2500 livres (environ 17 7881 DA).

Pour les rencontres disputées entre les autres sélections, les prix varient entre 100 livres (715 DA) et 500 livres (3576 DA).

Pour avoir une idée de l’impact sur les bourses des égyptiens il suffit de comparer ces chiffres avec le salaire minimum. Ce dernier est l’équivalent de 2000 livres (1 4305 DA). Il était jusqu’à la fin du mois de mars dernier de 1200 livres (8583 DA) avant que le président Sissi, dans l’espoir de calmer la colère sociale, ne décide de l’augmenter. Une décision qui est loin de pouvoir changer la situation de la population.

Un petit calcul donne un aperçu sur le réalité du terrain, celui que ne foule pas les pieds des joueurs. Si un égyptien, payé au salaire minimum, voulait assister à tous les matchs de sa sélection, et si cette dernière va atteindre la finale, il va donc assister à 7 matchs. Même s’il va opter pour le prix minimum, soit 200 livres, il aura à verser, en moins d’un mois (la CAN se terminera le 19 juillet) 1400 livres. Ainsi, le supporteur des pharaons va devoir débourser l’équivalent de 70% de sa paye pour espérer voir Mohamed Salah et ses coéquipiers jusqu’au bout. Il se retrouvera avec 600 livres (4291 DA) pour survivre tout un mois ! A noter que le Kouchary, le plat populaire en Égypte, coûte 15 livres…

Le peuple égyptien, finalement, n’a ni le pouvoir d’achat, ni le pouvoir de regarder, ni le pouvoir tout court.  

@SalimKoudil

Résultats des matchs disputés (#CAN2019)

Groupe A:

Vendredi 21 juin : Egypte 1-0 Zimbabwe

Samedi 22 juin : Ouganda 2-0 RD Congo

Groupe B (samedi 22 juin) :

Burundi 0-1 Nigéria

Guinée 2-2 Madagascar

Programme du dimanche 23 juin 2019:
Maroc – Namibie, à 15 h 30 au Caire (Groupe D)
Sénégal – Tanzanie, à 20 h au Caire (Groupe C)
Algérie – Kenya, à 21 h au Caire (Groupe C)