Conduit par Mohammed Baghli, ingénieur consultant, par ailleurs animateur de la khalwa Cheïkh Senouci de derb Beni Djemla (El Medress), un groupe de fidèles adeptes du legs culturel s’est rendu, mercredi dernier, sur le site antique d’Agadir pour commémorer le 1229e anniversaire (19 juin 790-19 juin 2019) de la fondation par Idriss 1er de la première mosquée en Algérie, la mosquée d’Agadir.

La plaque signalétique installée par l’Office du tourisme au titre de l’UGP comporterait, selon le chercheur précité, deux anomalies scripturales (date de fondation et qualité du fondateur erronées). Le minaret de brique du XIIIe siècle, jumeau de celui de la grande Mosquée, s’élève sur une base de pierre de taille portant une inscription romaine (pierre tombale). L’allocution d’inauguration prononcée par Idriss 1er sera restituée pour la circonstance à partir du mihrab en ruine. C’est grâce aux fouilles effectuées entre 1973 et 1974 par l’archéologue Abderrahmane Khelifa avec son collègue Saïd Dahmani que les vestiges de ce que fut la Grande mosquée du Maghreb central (dont le minaret est la réplique de celui de la grande mosquée de Tlemcen), furent mis au jour. « Si vous prenez les remparts d’Agadir qui sont les plus vieux, puisque c’est la première ville et c’est le premier noyau urbain, donc il fallait faire attention. Que ce soit pour les remparts ou pour la mosquée, il aurait fallu prendre des précautions pour faire cette restauration continuer les travaux de fouille qui ont été entrepris dans les années 1980. Avec mon ami Dahmani Saïd, nous avons découvert la mosquée d’Agadir et j’en suis fier, parce je considère avoir apporté quelque chose à l’histoire de mon pays et particulièrement à la ville de Tlemcen », souligna Khelifa lors de la présentation de son livre « Tlemcen, capitale du Maghreb central » en 2011 à la librairie Alili. C’est sur le parvis de la mosquée d’Agadir que le visiteur méditera sur le poids de plus de douze siècles de prière, de culture et d’enseignements. Sa curiosité peut l’amener à demander à savoir comment se fait-il que cette mosquée fût rasée ? La réponse est dans un écrit de quelques lignes de l’abbé Bargès, qui fit une promenade à Agadir en 1846 et qui nous dit, en page 164 de son livre «Tlemcen, ancienne capitale du royaume de ce nom » : « C’est en 1845, pendant le siège de Tlemcen, que cet édifice fut rasé par les Français… A l’entrée des troupes françaises à Tlemcen, le Jami’ El-Atiq ne présentait plus qu’un amas de décombres qu’on fit disparaître». En contrebas, le mausolée de Sidi Daoudi Ben Nasr, alter ego de Sidi Boumediène, premier commentateur de Sahih el Boukhari (Ennasiha), dont on a célébré en 2011 le millénaire. Ce sanctuaire fut restauré à l’occasion de la manifestation islamique. Deux écueils techniques avaient surgi : une nécropole (ossements) sur une propriété privée et deux arbres centenaires (un mûrier et un olivier sauvage) menaçant la «quoubba», un dépotoir, celui-là aménagé (par la voirie), trône derrière la sainte bâtisse. Virée à Aïn el Hout, où le groupe de «pèlerins» observera un recueillement au sein du mausolée de Sidi Mohammed Ben Ali, agrémenté par un historique sur la saga des Ahl el beït. Avant de marquer une halte devant la rawda de Sidi Slimane El Kamil, petit-fils de la vénérée Fatima-Zohra, fille de notre Prophète (QSSL). Le site est illustré d’un tableau généalogique de Abdellah el Kamil et sa descendance (stèle érigée en mars 2008 par le collectif Legs de Tlemcen, le PNT et l’APC de Chetouane). Fausse note dans le décor : à défaut de dépotoir, ce site historique «abrite» une vespasienne qui aurait dû être aménagée dans un emplacement discret (signalé par une simple flèche verbo iconique). Car représentant manifestement une excroissance architecturale doublée d’une nuisance hygiénique (le site en question était inscrit comme parcours spirituel). Un message tacite à nos architectes pour «éloigner» dans leur (futur) plan toute latrine et autre salle d’eau au niveau des mosquées. n