Il semble que l’affaire KIA va elle aussi faire tomber des têtes. Des têtes nouvelles à différents niveaux de responsabilité, ainsi que d’autres citées dans de précédentes affaires liées aux patrons de grands groupes industriels privés. Ce nouveau rebondissement dans les affaires de justice liées à la dilapidation des deniers publiques et à la corruption, l’octroi d’avantages indus dans la conclusion de marchés publics, entre autres, vient s’ajouter à la toute récente affaire de l’autoroute Est-Ouest et à celles en cours de Tahkout, Haddad, Kouninef et autres.

Sur les dix-sept personnes impliquées dans cette énième affaire économique en justice et auxquelles sont reprochés des faits à caractère pénal, sept ont été placées sous mandat de dépôt, dont le patron de KIA Hacène Arbaoui, et le P-DG de la BNA Abboud Achour, trois mises sous contrôle judiciaire et quatre autres ont été libérées après leur présentation devant le procureur de la République près le tribunal de Sidi M’hamed.
Les trois dossiers qui restent sont ceux de l’ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia, et des deux ex-ministres de l’Industrie et des Mines en fonction au moment des faits, Youcef Yousfi et Mahdjoub Bedda. En raison de leur qualité d’ex-hauts responsables de l’Etat, leurs dossiers ont été transférés à une autre juridiction, apprend-on dans un communiqué rendu public jeudi par le tribunal de Sidi M’hamed. Le communiqué précise que les personnes placées en détention provisoire sont le patron de Kia et «Homme d’affaires Hacène Arbaoui, deux cadres en fonction actuellement au ministère de l’Industrie et des Mines, deux fonctionnaires du même ministère, l’actuel président-directeur général de la Banque nationale d’Algérie, et un ex-directeur d’une entreprise économique publique». Notons que le parquet de Sidi M’hamed n’a révélé, dans certains cas, que les fonctions des personnes impliquées mais pas leurs noms. Retraçant la journée des auditions des personnes convoquées par le parquet de Sidi M’hamed, le communiqué note que «suite à l’enquête préliminaire diligentée par la section de recherches de la Gendarmerie nationale (GN) d’Alger, sur instructions du procureur de la République près le tribunal de Sidi M’Hamed, dix-sept (17) personnes ont été présentées, le 19 juin 2019, devant le procureur de la même juridiction pour des faits à caractère pénal».
Après avoir été entendues sur les faits qui leur sont imputés, «une enquête judiciaire a été ouverte à l’encontre de quatorze (14) personnes physiques» pour «blanchiment d’argent et transfert de biens obtenus par des faits de corruption», «bénéfice du pouvoir et de l’influence des agents de l’Etat durant l’établissement de contrats et de marchés» et «dilapidation des deniers publics», selon la même source.
Ces chefs d’inculpation portent également sur «la participation à la dilapidation et à l’utilisation de fonds de banque», l’«abus de fonction intentionnel à l’effet d’accorder d’indus privilèges à autrui», et l’«exercice d’une activité professionnelle par un agent public dans une entreprise qu’il est chargé de contrôler, et conclusion de marchés avec la même entreprise dans un délai inférieur à deux (2) ans», ajoute le communiqué. Dans l’ensemble, les personnes auditionnées sont, outre «l’homme d’affaires Hacène Arbaoui et deux de ses frères», «cinq (5) fonctionnaires relevant du ministère de l’Industrie et des Mines, le président-directeur général de la BNA, deux anciens directeurs de deux entreprises publiques, un chef de département au sein d’une entreprise publique et le président actuel d’une APC, ainsi qu’un commerçant», poursuit la même source. Deux (02) personnes morales ont été également entendues, à savoir deux entreprises commerciales en rapport avec l’activité du principal mis en cause, ajoute le communiqué du tribunal de Sidi M’Hamed sans autre précision sur les anciens directeurs des deux entreprises publiques, ou le P/APC en fonction actuellement, ou encore les personnes morales.
Le parquet de Sidi M’hamed poursuit, dans son communiqué, que le juge d’instruction notifié du dossier de l’affaire, après avoir entendu les prévenus lors de la première audition, a décidé de placer sept personnes en détention provisoire. Il s’agit de «l’homme d’affaires Hacène Arbaoui, de deux cadres actuels relevant du ministère de l’Industrie et des Mines, de deux fonctionnaires du même ministère, de l’actuel directeur général de la BNA, et d’un ex-directeur d’une entreprise économique publique».
Par ailleurs, «le juge d’instruction a placé trois (03) personnes sous contrôle judiciaire. Il s’agit de l’ex-directeur général de la promotion de l’investissement au ministère de l’Industrie et des Mines et des deux frères de l’accusé principal. Le juge d’instruction a laissé quatre (04) personnes en liberté». Le même communiqué conclut que «concernant les personnes restantes et compte tenu de leurs fonctions à la date des faits, il a été décidé de transmettre leurs dossiers au «procureur général près la Cour d’Alger pour prendre les mesures nécessaires à leur encontre. Il s’agit de l’ex-Premier-ministre, Ahmed Ouyahia et deux anciens ministres de l’Industrie et des Mines, Mahdjoub Bedda et Youcef Yousfi».<