Depuis le mardi 18 juin, la commune de Debdab bouillonne et les habitants se mobilisent sur tous les fronts pour faire cesser les «opérations d’exploration de gaz de schiste» menées par Sonatrach sur le territoire de la wilaya d’Illizi. L’information provenant du chantier de forage mis en place par l’Enafor et l’ENTP, filiales du groupe Sonatrach, concernant le début de l’exploration du gaz de schiste s’est répandue, mardi 18 juin, comme une traînée de poudre sur l’ensemble des localités de la commune de Debdab, située dans l’extrême Sud-Est algérien à proximité du poste frontalier algéro-libyen.
Les puits de gaz de schiste, trois selon les habitants, ont été forés au lieudit Oued Moulay, situé à 30 km de la commune de Debdab, la plus proche des torches.
Le même jour, les habitants ont adressé séparément deux communiqués urgents au wali d’Illizi et au chef de brigade de la gendarmerie, les appelant à intervenir pour stopper toutes les opérations de fracturation.
Dans l’après-midi, les habitants ont bloqué tous les camions-citernes transportant de l’eau et se dirigeant vers les chantiers de forage de l’Enafor de l’ENTP avant d’organiser un grand rassemblement au niveau de l’intersection menant vers le lieu de forages. Ils ont appelé à la suspension immédiate des opérations d’exploration.
Les protestations ont repris jeudi matin et les habitants ont donné un délai de 24 heures aux autorités locales et sécuritaires pour arrêter les opérations sinon ils interviendront eux-mêmes et feront tout pour fermer les chantiers.
Le directeur des mines et de l’énergie de la wilaya d’Illizi, dans un entretien téléphonique avec Reporters, jeudi après-midi, a déclaré ne rien savoir des mouvements de protestations des habitants du Debdab ni des forages installés sur le territoire de sa wilaya de compétence, à moins de 30 km seulement de la commune de Debdab. «Je ne dispose d’aucune information à ce sujet et je n’ai aucune déclaration à faire sur les forages de gaz du schiste. Il faut voir avec Sonatrach», nous a-t-il déclaré.
Jeudi soir, le député de la wilaya d’Illizi a révélé que le ministre de l’Energie, Mohamed Arkab, a démenti catégoriquement l’exploitation du gaz de roche-mère sur le territoire d’Illizi.
Il a affirmé que le ministère de l’Energie n’a actuellement aucune intention d’exploiter ce gaz et qu’il assume ses déclarations. Il ajoute à cet égard qu’il répondra par écrit sur cette question lors de l’assemblée nationale.
Sur le terrain, les habitants ne sont pas convaincus, vu que l’information leur a été donnée par des travailleurs et des cadres intervenant dans ces forages. Un cadre à Sonatrach, qui a refusé de révéler son nom, a affirmé que plus de 15 puits sont déjà forés et prêts à être exploités dans la région d’Illizi. L’Etat tente de convaincre la population avant l’exploitation, a-t-il déclaré. Jusqu’à l’heure actuelle, les habitants sont encore dans la rue et guettent des indices, notamment l’arrivée de quantités de produits chimiques qui seront utilisés dans les opérations. Ils sont prêts à intervenir pour bloquer l’entreprise comme ils avaient menacé dans leurs communiqués dont nous avons les copies.
A rappeler que les opérations d’exploration et d’exploitation du gaz de schiste ont été lancées en 2014 dans les bassins d’Ohanet et Illizi après l’autorisation du Conseil des ministres au groupe pétrolier public. La première opération réelle d’exploration a eu lieu fin décembre 2014 à Ohanet. La même année, pas moins de 11 forages ont été perforés à Hassi Messaoud et d’autres un peu partout dans le Sud. Des appels émanant de la population et la société civile sur les dangers que fait peser l’exploitation du gaz de schiste sur l’environnement et la santé n’ont jamais été entendus. La tension reste donc très vive.<