Les Algériens ont défilé en brandissant visiblement le drapeau berbère plus que d’habitude. D’une voix irritée et d’une grande hardiesse, les manifestants, qui affluaient sur Alger centre à l’occasion d’un 18e vendredi de mobilisation populaire pour le changement, ont tordu le cou à toutes les velléités régionalistes et à toutes les visées de la division. Ils ont scandé pour la circonstance : « non au régionalisme », « arabe et kabyle, frères d’un seul pays ». La chaleur du premier jour de l’été n’a pas eu raison de l’enthousiasme de la jeunesse algérienne à porter haut le drapeau berbère. Bien au contraire, de nombreux Algériens ont trouvé des motifs supplémentaires pour brandir l’emblème berbère au côté du drapeau national, en réaction, avouent-ils, aux propos du chef d’état major de l’ANP. Ce dernier avait averti, mercredi depuis Béchar, sur « des tentatives d’infiltration des marches populaires à travers lesquelles sont brandis d’autres emblèmes que l’emblème national ».
« C’est la première fois que je vois des gens se bousculer pour prendre une photo avec le drapeau amazigh. Ce drapeau, qui renvoie à la profondeur historique, identitaire et culturelle du pays », dit un jeune manifestant qui avait un drapeau national sur une épaule et berbère sur l’autre. Un sexagénaire se pose, quant à lui, la question des tenants et aboutissants d’un tel débat en pareille circonstance. « Pourquoi veulent-ils interdire l’emblème amazigh des marches des vendredis alors que les Algériens ne sont pas gênés par la présence de cet emblème dans l’espace public ?», dit-il.
« Il est temps de montrer un peuple algérien uni dans ce bras de fer contre les tenants du pouvoir, qui tentent d’installer la discorde et la zizanie entre son peuple », lui répond un jeune, qui brandit, non sans fierté, l’emblème national et celui berbère. Une idée est fortement partagée parmi la foule, celle de dire qu’à chaque fois que le pouvoir tente d’affaiblir le mouvement sur fond de division, il apporte plutôt des éléments à son renforcement. Pour preuve, crie un manifestant, le drapeau berbère qui n’a rien de « séparatiste mais d’union» flottait en force, regrettant que le drapeau soit « arraché aux premiers arrivants ». Le même marcheur se félicitait par ailleurs que « les manifestants, auxquels on a arraché le drapeau, n’aient pas provoqué de bagarres en sortant du cadre de la silmiya». « Moi, je ne l’ai pas caché ce drapeau, il est le nôtre, et je ne peux pas le ranger dans les tiroirs », martèle un sexagénaire qui dit sortir chaque vendredi avec son drapeau berbère. «Nul ne peut falsifier l’histoire de tout un peuple.
Ce peuple rejette à l’unanimité le déni qui continue de frapper l’histoire et l’identité amazighes malgré l’officialisation de tamazight dans la Constitution de mars 2016», ajoute le même manifestant sur un ton déterminé.n