Davantage que les vendredis précédents, les marches populaires ont viré, hier, aux couleurs du pays et de son histoire. Dans une réplique évidente aux déclarations récentes du chef d’état-major de l’ANP, mettant en garde contre l’utilisation d’emblèmes « autres », les manifestants ont, dans une réaction unitaire, brandi le drapeau national aux côtés de la bannière amazighe.

Des drapeaux amazighs comme s’il en pleuvait sur Tizi-Ouzou ! L’image n’est pas surfaite et décrit l’ambiance qui a régné dans les rues de cette ville, hier, à l’occasion du 18e acte de mobilisation populaire pour le changement de système. Le discours de Gaïd Salah, où il mettait en garde contre l’exhibition dans les marches d’autres drapeaux que l’emblème national a été vécu comme… une incitation à manifester davantage le refus de la situation politique actuelle. En effet, tout s’est passé comme si le chef de l’état-major de l’ANP a réussi à remotiver les citoyens de tous les coins de la wilaya pour sortir manifester d’une seule voix, alors qu’ils étaient des centaines de milliers à battre le pavé, exhibant des milliers de drapeaux algériens et amazighs et scandant des chants à la gloire de tamazight. « Mazalagh dimazighan (on est toujours des amazigh ) !», «Anaraz walla anaknu (nous préférons rompre que courber l’échine) !», «Un seul peuple, une seule voix, système dégage ! », lisait-on dans la forêt des pancartes exhibées

BOUMERDES, « Non à un Etat militaire, oui à un Etat civil »
A Boumerdès, les drapeaux amazigh étaient aussi nombreux que les couleurs nationales. Ils ont été portés par des manifestants qui ont souligné leur attachement à «l’unité nationale» et dénoncé le «système politique mafieux » sans qu’aucun incident ne soit signalé durant toute la manifestation. Un évènement en réaction au dernier discours de Gaïd Salah, au cours duquel les marcheurs ont scandé « Kabyle, Arabe, Chaoui, Mzabi, Targui, khawa, khawa, Gaïd Salah khawana», «pouvoir assassin», «pouvoir dégage», «Gaïd Salah dégage». Les manifestants n’ont pas oublié les revendications exprimées depuis le début du Hirak, le 22 février dernier, en appelant au démantèlement du « système mafieux ». « Pouvoir au peuple», «Pouvoir dégage», «Le Hirak continue», «Algérie libre et démocratique», «Bensalah, Bédoui, Gaïd Salah ! Dégagez tous !», «Non à un Etat militaire, oui à un Etat civil», a-t-on également entendu. Les villes avoisinantes de Bordj Menaïel et de Dellys ont connu, elles aussi, des protestations où de nombreux citoyens sont également sortis dans la rue pour exiger le départ du système politique en place et de ses hommes et édifier un véritable Etat de droit.

Bordj Bou-Arréridj, emblème national et étendard amazigh côte à côte
Plus importante que la précédente et sous un nuage de drapeaux nationaux et d’étendards amazighs, la marche d’hier a été conduite le long du parcours sous les slogans et banderoles «Kabyle, Arabe, peuple et Armée, nous sommes tous frères», «Notre problème n’est pas avec l’étendard amazigh, mais avec les résidus du gang qui sévissent toujours», «Arrêtons de faire diversion et de semer la fitna et la zizanie parmi le peuple». Imperturbables et gardant toujours l’esprit pacifique de la marche, les manifestants ont battu le pavé en scandant des slogans hostiles à l’ingérence étrangère et fustigeant tous ceux qui tentent de diviser le peuple algérien. « Nous sommes majeurs et vaccinés, nous n’avons pas besoin de tutelle », a-t-on entendu en boucle. Aucun incident n’a été signalé jusqu’à la fin de l’après-midi.

Oum El Bouaghi, le Hirak toujours au rendez-vous
« Doula madania, machi askaria », »Klitou lebled ya seraqine », « Khawa, khawa makanch jihaouia », « La lil aar, la lil aar Houkouma bidoune karar »… tels étaient entre autres les slogans entonnés par les manifestants du chef-lieu de wilaya. Ces derniers ont suivi l’itinéraire habituel pour clôturer leur marche pacifique par l’opération descente du « Tifo » du toit de l’immeuble de l’esplanade Zabana représentant le mouvement populaire algérien Hirak, face au guet des prédateurs « arabes et occidentaux ». Par ailleurs, la ville de Aïn Beïda n’a pas manqué à l’appel, non sans observer la prière de l’absent en hommage au défunt président égyptien Mohamed Morsi, mort lors de son procès.

Annaba, des emblèmes amazighs fièrement brandis
A Annaba, les renseignements généraux de la police ont commencé dès jeudi à tenter d’empêcher les manifestants de brandir le drapeau qui représente la culture berbère. Des interpellations de personnes ayant acheté des drapeaux ont eu lieu dans la soirée, avons-nous appris de sources sûres. Les interpellés ont été conduits aux commissariats des 2e et 7e arrondissements de police et leurs drapeaux ont été saisis. Les magasins qui vendent les fameux drapeaux ont été approchés par les services de l’ordre et la fameuse marchandise a tout bonnement été saisie. Cela n’a pas empêché de nombreux Annabis de se procurer des drapeaux amazighs et de les arborer fièrement lors de la 18e marche. Des interpellations, souvent musclées, ont été opérées. Des mesures qui n’ont fait que renforcer la volonté des manifestants à brandir ce drapeau. Plusieurs manifestants croisés avec le fameux drapeau nous ont affirmé qu’ils n’étaient «ni kabyles, ni berbères, mais nous avons décidé de brandir les couleurs de la culture amazighe en signe de solidarité et d’union avec nos frères Berbères». Un message clair de la part des manifestants à l’adresse du pouvoir actuel : «En 132 ans de colonisation, la carte du ‘diviser pour mieux régner’ n’a pas fonctionné. Ce n’est pas, aujourd’hui, que l’on pourra diviser ou désunir le peuple algérien.»

El Tarf, « nous sommes tous Amazighs »
Au cours du 18e vendredi, la population d’El Tarf n’a pas dérogé à la règle pour descendre encore dans la rue afin de dire que le peuple est uni, en réponse au dernier discours de Gaïd Salah sur l’interdiction des emblèmes brandis lors des manifestations populaires. A la différence des semaines précédentes, les marcheurs étaient plus nombreux. «Bedoui, Bensalah et Bouchareb qu’attendez-vous pour démissionner, Gaïd appliquez les articles 7 et 8. Pas d’élection sans une transition conduite par des personnes issues du consensus, nous sommes tous amazighs, nous exigeons le départ de toutes les figures de l’ancien régime sans aucune exception, Dzaïr unie …». Les jeunes manifestants, ainsi que des femmes présentes depuis le premier vendredi se sont déjà donné rendez vendredi prochain.

Sidi Bel Abbès : « pas de régionalisme, khawa khawa »
A l’ouest du pays et à Oran, en particulier, ils étaient des centaines à reprendre les mots d’ordre en vigueur depuis le 22 février dernier, tandis qu’à Sidi-Bel Abbès, les manifestants ont envahi la place du 1er-Novembre pour réclamer le changement de l’actuel régime et revendiquer un Etat de droit. Sous une forte présence des éléments de sécurité, les manifestants ont scandé les mêmes slogans hostiles au système, levant le drapeau national et des pancartes. Les manifestants ont fait la prière de l’absent pour l’ex-président égyptien Mohamed Morsi. Ils ont ensuite répété «Silmya, silmya, dawla hadaria», «pas de régionalisme khawa khawa», klitou labled Ya sarraqine », «notre revendication est unique, le changement», «makach El Fitna, hadou khawatna» (les kabyles sont nos frères ».

Tlemcen, le « clan Louh » décrié
Ni la chaleur torride ni la tentation de la plage n’ont eu raison de la mobilisation populaire, toujours indéfectible. La marche d’hier a été marquée par une forte exhibition de l’emblème national. «Dawla madania, machi askaria », un message destiné a priori à Gaïd Salah que certains manifestants excluent du slogan «Gaâ’ t’mendjlou» (Vous y passerez tous par la faucille de la justice). D’autres slogans sont scandés à cette occasion, «Habasna el khamsa, ki jadtkoum qarsa, hrabtou li frança !»… La photo barrée de Tliba est portée en guise de masque alors que des noms faisant partie du clan Louh sont décriés, en l’occurrence Bekhchi et Ouraghi, sénateurs FLN ainsi que Acimi, directeur de la Cnas. Avant que la procession ne s’ébranle, les partisans du Hirak ont tenu à accomplir sur la place Emir Abdelkader la prière de l’absent à la mémoire de l’ex-président égyptien Mohamed Morsi.n