La vigilance citoyenne a permis de sauver le mont Chenoua. En plus de l’exploitation éhontée de quatre carrières, qui a provoqué des dégâts irrémédiables sur cet espace forestier, les responsables de la wilaya avaient prévu d’accorder une concession à un privé pour y installer une unité de traitement des boues activées.

En effet, en marge de notre enquête sur ce massacre, on apprend que l’ex-wali Moussa Ghelai avait proposé d’attribuer une clairière, au niveau du mont Chenoua, pour y créer une unité de traitement des boues activées des stations d’épuration des eaux usées qui sont stockées à l’air libre et représentent un danger pour les populations résidant dans les environs. Ce projet aurait causé davantage de pollution puisque les boues désactivées sont dangereuses car non décontaminées. Celles-ci sont, actuellement, vendues dans le sud du pays comme engrais pour les exploitations agricoles ce qui représente un autre danger, selon des experts, qui appellent à leur décontamination avant utilisation. On a cherché et trouvé la solution de facilité en proposant un espace de la forêt (la clairière) pour ce projet qui, grâce au mouvement de révolte populaire, a été remis en question.
«Le mont Chenoua doit être préservé et définitivement protégé. Pour ce faire, nous interdirons toute activité ou exploitation au niveau des quatre carrières qui sont à l’origine d’un massacre ignoble, qui doit être sévèrement puni. D’ailleurs le mont Chenoua est, depuis 2017, classé aire naturelle protégée». Ce sont là les propos et sentiments exprimés par les citoyens de la commune de Nador, ulcérés de découvrir que l’exploitation a redoublé d’activités suite à l’interception de 40 camions de gros tonnage qui se dirigeaient vers la wilaya de Médéa, selon les chauffeurs de ces poids-lourds qui ont été immobilisés par les manifestants. Ces derniers, pour exprimer leur colère ont coupé, la semaine dernière, la circulation sur la RN11 en signe de protestation et dénoncer les propos mensongers du wali Mohamed Bouchema, qui s’était, auparavant, engagé à arrêter l’exploitation dans trois des quatre carrières, pour calmer la grogne et les inciter à ouvrir la route bloquée depuis trois semaines. Ils exigent la mise en place d’une commission de contrôle pour enquêter sur ce regain d’activités au profit d’une autre wilaya, alors que la réglementation en vigueur l’interdit, selon les déclarations du premier responsable. Cette situation ubuesque qui est le reflet, selon eux, du mépris du wali et de l’administration locale, qui ne sont plus crédibles, à l’égard des populations locales, a mis le feu aux poudres et encouragé au durcissement du mouvement. Il dure depuis des mois, quotidiennement, en fermant les accès nuit et jour aux carrières empêchant tout accès aux camions et toute activité. La situation était très tendue et laissait craindre le pire entre les citoyens de la même ville car, d’un côté, il y avait les adeptes de la fermeture pure et simple des 4 carrières et, de l’autre, ceux qui y exercent et avancent comme argument la perte de leur gagne-pain. Il a fallu plusieurs semaines de vives protestations à l’ombre du mouvement de révolte populaire, pour que le wali Mohamed Bouchema se manifeste et daigne recevoir quelques représentants des protestataires en présence du président de l’Association des consommateurs devenu, de par la « lâcheté » des responsables calfeutrés dans leurs bureaux, le porte-parole du wali pour expliquer les décisions concernant ce dossier. Cette intrusion du président de l’Apoce, qui parlait au nom du wali, avait d’autant plus choqué que d’aucuns se demandaient s’il n’existait plus de responsables au niveau du cabinet du wali, de la direction de l’industrie, de membres de la commission minière, de directeurs de l’environnement, des forêts, etc., pour expliquer les tenants et aboutissants de cette affaire de massacre d’un patrimoine naturel classé. Tous ont, apparemment, été briefés pour ne pas s’exprimer sur le sujet d’où les informations contradictoires entendues çà et là, difficiles de vérifier, black-out sur l’information oblige. Au début de la crise, la directrice de l’industrie et de la promotion des investissements, Safia Amrous, expliquait que les opérateurs des quatre carrières avaient tous des permis d’exploitation et exerçaient, par conséquent, légalement et que des démarches allaient être faites dans le sens de la diminution des quantités extraites pour limiter les dégâts. Dans une déclaration à la radio locale, cette responsable avait indiqué que les carrières, opérationnelles au niveau du Chenoua, avaient toutes obtenu leur permis minier et, la dernière en date, qui allait entrer en activité, a été accordée en 2016.

Il sera donc impossible de fermer ces carrières, car il y va du devenir de nombreux projets en cours qui ont besoin de la matière première que sont les agrégats qui sont extraits de ces carrières. Quelques jours après, on entendra un son de cloche contradictoire, qui disait qu’il s’agissait d’exploitation illégale, ce qui sous-entendait que les responsables avaient fermé les yeux et, par conséquent, cautionné le fait accompli. Après l’envoi, sous la pression de la rue, d’une commission d’enquête pour mesurer le degré de pollution et de destruction du site classé réserve naturelle de la biodiversité, la wilaya a annoncé, par le biais de l’APS, «qu’une décision conservatoire avait été prise pour la fermeture de trois carrières et une prolongation temporaire» de l’activité de la quatrième, exploitée par l’entreprise chinoise chargée du projet de contournement des villes de Cherchell et Sidi Ghilès. Croyant à une première victoire, les citoyens avaient applaudi la décision qualifiée, par certains, «de salutaire et courageuse» grâce à la mobilisation des populations de la région qui étaient retournées vaquer à leurs occupations ramadhanesques jusqu’à la découverte du pot-aux-roses. Une procession de camions de gros tonnages, une quarantaine selon les manifestants, a été observée, qui dénote d’une reprise accrue de l’activité et, par conséquent, d’une destruction massive de ce qui reste du mont, ce qui a provoqué un grand mouvement de colère, exprimé haut et fort, suivi d’une mobilisation de tous les amis du Chenoua. Selon une dépêche de l’APS, le rapport de la commission de wilaya allait dans le sens de «la fermeture des trois carrières activant illégalement et non au profit de projets d’utilité publique à Tipasa, à l’exception d’une seule en exploitation au profit de la rocade de Tipasa». Harcelés par leurs administrés, les P/APC de Nador et de Cherchell se disent impuissants, n’ayant pas leur mot à dire sur le sujet, mais reconnaîssent que leurs communes ne gagnent rien de l’exploitation des quatre carrières (une sur le territoire de Cherchell et trois sur celui de Nador) et que les explosions causent beaucoup de dégâts et de pollution ce qui rend la vie dure aux habitants. Nador ne bénéficie d’aucune ressource financière de ses trois carrières, puisque le titre minier est attribué par l’Agence nationale de l’autorité minière (Anam), après l’avis favorable de l’autorité de wilaya. Selon les informations glanées ici et là, puisque les portes de tous les responsables sont fermées aux journalistes, il existe trois investisseurs présents sur le site du Chenoua, qui ont obtenu leur permis d’exploitation au niveau du mont Chenoua grâce à la procédure d’adjudication auprès de l’Anam. Il s’agit de l’Egeco de Cherchell qui exploite 16 ha, la seconde concession de 5 ha a été accordée à la Sarl El Youmn de Nador et, enfin, le 3e site d’une superficie de 25 ha attribué à la Cstps Salah de Nador, et enfin l’opérateur chinois Cscec a bénéficié d’une superficie de 5 ha pour ses besoins en agrégats destinés au projet du contournement de la ville de Cherchell sur 18 km, dont 14 sont achevés. Selon les dernières révélations de la presse, ces opérateurs seraient des prête-noms, puisqu’on parle des entrepreneurs Ali Haddad et Kouninef, qui seraient derrière l’exploitation de certaines carrières du Chenoua. La carrière exploitée par la société chinoise, opérationnelle depuis des années, c’est-à-dire au lancement de son important plan de charge dans la wilaya, fourni 300 000 tonnes d’agrégats du mont Chenoua par an, selon nos informations.
S. Dj.