PAR MERIEM K. et Aziz L.
Les formations politiques et les représentants de la société civile ne sont pas convaincus par le contenu des discours prononcés (lundi et mardi) par le chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah, au sujet de la crise politique et institutionnelle que traverse le pays.
L’attachement du vice-ministre de la Défense à l’organisation de l’élection présidentielle et son opposition à tout scénario de transition tout en réitérant l’offre de dialogue n’agrée pas des partis politiques de l’opposition et la société civile qui plaident pour une autre démarche de sortie de crise.
C’est le cas de la présidente de l’Union pour le changement et le progrès (UCP), Zoubida Assoul, qui regrette que le dialogue auquel appelle le pouvoir ne soit pas encore mis en œuvre. «Nous ne voyons aucun indice de bonne volonté de la part du pouvoir pour l’organisation et l’amorce du dialogue annoncé», fait-elle remarquer.
S’agissant de la question relative à la tenue de l’élection présidentielle, Mme Assoul a rappelé que les Algériens «disent qu’ils ne veulent pas d’une élection organisée par les symboles du pouvoir actuel. Il faut donc aller vers un dialogue franc et crédible de nature à ouvrir une voie de solution».
Pour sa part, Djilali Soufiane, président du parti Jil Jadid, a noté que la seule nouveauté contenue dans le discours de Gaïd Salah est qu’il établit un «véritable réquisitoire contre le système du Président» démissionnaire, relevant que l’opposition «n’avait pas cessé de décrier ce même système». Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) s’est interrogé sur le pourquoi d’un retour aux urnes, évoquant les «irrégularités» qui ont marqué les précédents scrutins.
Du côté de la société civile, l’on regrette «l’insistance» du pouvoir à tenir une présidentielle estimant que les conditions ne sont pas favorables pour l’organisation d’un tel rendez-vous. Le vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (Laddh), Saïd Salhi, dénonce «un système qui se précipite pour l’organisation du scrutin présidentiel en déphasage avec les revendications populaires». «À présent, il y a deux voies proposées : celle du système qui veut aller à tout prix à une élection présidentielle et celle en phase avec le mouvement populaire et qui recommande une transition démocratique à même de préparer les conditions en faveur d’une expression de la volonté populaire libre et authentique», a-t-il estimé.
Pour concrétiser les aspirations du peuple, Saïd Salhi rappelle qu’il est «évident de changer l’édifice législatif, légal et institutionnel» et souligne l’urgence «d’ouvrir le champ d’expression et d’exercice des libertés démocratiques aux Algériens qui restent mobilisés pour le changement». L’ancien député démissionnaire de l’APN au lendemain du déclenchement du mouvement populaire du 22 février, Khaled Tazaghart, s’est prononcé pour un «Etat libre et démocratique qui s’imprègne des principes de l’appel de Novembre et de la Plateforme de la Soummam».
« Le dernier mot revient au peuple », insistant sur «la priorité du civil et du politique sur le militaire».<