Revenant sur l’un des plus impressionnants « phénomènes » littéraires italiens et mondiaux de ces dernières années, tant pour la qualité du texte que pour le mystère qui entoure l’identité réelle de l’auteure, connue uniquement sous le pseudonyme d’Elena Ferrante, l’ambassade d’Italie en Algérie a présenté, mardi soir dernier, le documentaire de Giacomo Durzi, intitulé « Ferrante Fever» en présence du réalisateur.

Le film sorti en 2017 décortique les mécanismes derrière un tel succès mondial, tout particulièrement depuis la sortie en 2011 du premier tome de la quadrilogie «L’amica geniale» traduit en français sous le titre «L’Amie prodigieuse». Des ouvrages prenant pour toile de fond le devenir d’une amitié d’enfance dans la ville Naples des années 1950. Une série aujourd’hui traduite dans près d’une cinquantaine de langues.
Organisée dans la cadre de la « Semaine du cinéma franco-italien », la rencontre de mardi dernier a été marquée par la participation de l’ambassadeur d’Italie Pasquale Ferrera, de la directrice de l’Institut culturel italien (ICI) Maria Battaglia, mais aussi du réalisateur Giacomo Durzi lui-même et de son confrère Rachid Benhadj. Les deux réalisateurs ont co-animé un débat où il a notamment été question des liens entre la littérature et le cinéma.
Le film documentaire «Ferrante Fever» est né, nous expliquera Giacomo Durzi, d’une volonté de rendre hommage à l’écrivain – quel qu’il soit – , soulignant que « je cherchais à donner à Elena Ferrante le juste espace qu’elle méritait dans l’univers littéraire italien. Je pense qu’elle a été trop longtemps marginalisée». Un sentiment partagé par des millions de lecteurs dans le monde, ainsi que par une large partie de la critique littéraire qui insistent notamment sur la nécessité de lui attribuer « enfin » la distinction qu’elle mérite. A ce titre, les entretiens sur lesquels se base le documentaire font intervenir la traductrice Ann Goldstein, le célèbre écrivain (auteur de « Gomorra » en 2006) Roberto Saviano, ou encore le réalisateur Mario Martone, qui avait adapté dès 1995 le roman «L’amore molesto », mettant ainsi en lumière la qualité des textes d’Elena Ferrante. Des ouvrages «captivants» de par leur «fraîcheur», leur «franc parler» ou leur style ou toutes les «stratégies narratives» sont largement employées et maîtrisées, explique-t-on, en ajoutant qu’«elle enchaîne les descriptions sur une ou deux pages puis surprend à nouveau le lecteur ».
Le réalisateur nous déclare pour sa part, en marge de la projection, que les sujets qu’elle traite tels que l’amitié, la psychologie féminine, la ville de Naples ou encore l’Italie au sortir de la Seconde Guerre mondiale «étaient jusque-là presque toujours racontés par des personnages masculins. La nouveauté a surtout été que son œuvre partage un point de vue féminin ».
Réalisateur ayant par ailleurs fait le choix de reléguer la question de l’identité de l’écrivain au second plan, dans la construction de son film documentaire, il précise à ce propos : «Je n’ai pas cherché à répondre à la question qui est-elle ? Nous n’avons en fait pas besoin de le savoir.»
Giacomo Durzi, pour qui le succès d’Elena Ferrante est la juste récompense de son talent, et certainement pas le résultat de la médiatisation du «mythe», invitera, subtilement, les spectateurs et lecteurs à aller au-delà de cette image entretenue depuis plusieurs années par la presse mondiale. Il les invite aussi à comprendre, ou du moins à respecter le choix de l’écrivain, estimant : « Peut-être, que son anonymat est tout simplement une forme de timidité. »