Avec une nouvelle formule de compétition et plus de participants (24), le chemin vers la consécration sera plus long. Etre désigné comme favori est toujours un lourd fardeau à assumer tant le football n’obéit pas aux CV. La Coupe d’Afrique des nations 2019 (21 juin – 19 juillet) risque de nous offrir son lot de surprises. Si le mode du tournoi a changé, les habituels favoris restent les mêmes. La sélection du pays hôte, l’Egypte, est sérieuse candidate au sacre alors que le Sénégal est, de l’avis de plusieurs spécialistes, plus que jamais- un vainqueur potentiel. Le Maroc, le Ghana, le Nigeria, l’Algérie, la Tunisie et le Cameroun (tenant du titre), risquent aussi d’aller très loin dans l’épreuve. Lecture des forces en présence.

Avec ses 7 titres continentaux (1957, 1959, 1986, 1998, 2006, 2008 et 2010), l’Egypte, vice-championne d’Afrique, est le candidat le plus titré de cette 32e édition. Sur leur terre, les «Pharaons» sont le grandissime favori pour soulever un trophée qu’ils n’ont plus gagné depuis 9 ans. «L’Égypte possède un avantage, car c’est le pays organisateur. C’est aussi une très belle équipe, ils auront la pression devant leur public», estime l’Ivoirien François Zahoui, sélectionneur du Niger, qui ajoute que «le Sénégal est également une bonne équipe qui a bien progressé, tout comme l’Algérie. Attention au Cameroun, le dernier vainqueur de la Coupe d’Afrique, une équipe qui se manifeste dans les grandes compétitions».
Un avis logique. Surtout que les camarades de Mohamed Salah, star de l’équipe, essayeront de faire oublier la désillusion de la dernière Coupe du monde en Russie et l’élimination dès le premier tour. Dans cette CAN, la troupe à Javier Aguirre Onaindía devrait rallier la 2e phase de la compétition sans encombre sachant qu’elle aura pour adversaires la RD Congo, le Zimbabwe et l’Ouganda dans la poule «A». Salah devra porter les siens. Lui qui reste sur un triomphe en Ligue des Champions UEFA. Une très grande responsabilité sachant l’attente énorme qu’il suscite.

Séduisant Sénégal
Le pronostic est très crédible. Il est signé du très expérimenté Claude Le Roy qui a roulé sa bosse dans le continent africain : «le Sénégal très fort cette année. Peut-être que Aliou Cissé ne va pas aimer parce qu’il va dire que je lui mets la pression mais sincèrement je pense vraiment que le Sénégal est un des grands favoris de ce tournoi… Il y a le Maroc et je pense qu’Hervé Renard a les moyens de gagner une troisième CAN avec une troisième équipe différente…» Le ton est donné.
Celui qui a remporté la CAN en 1998 avec le Cameroun sait de quoi il parle. Les «Lions de la Téranga» semblent bien armés pour faire quelque chose dans cette messe. Après un couac au Mondial russe il y a un an, les coéquipiers de Sadio Mané chercheront à confirmer leur gros potentiel en Afrique. Invaincus en campagne de qualification (5 victoires et 1 nul), les poulains d’Aliou Cissé doivent penser, dans un coin de leur tête, à trôner pour la première fois de leur histoire. La meilleure performance de la sélection reste cette finale jouée et perdue en 2002 contre le Cameroun.

Inconstant Maroc
Comme vous avez pu le noter, Le Roy a cité le Maroc dans son pronostic plus haut. Au vu de l’effectif, les Marocains ont une belle tête de vainqueurs. Dans leurs rangs, ils comptent des joueurs d’expérience à l’instar de Mehdi Benatia (capitaine) mais aussi des jeunes qui sont capables de faire de belles choses avec les Ziyech, Hakimi outre Fajr.
Auteurs d’une Coupe du Monde remarquable (ils ont tenu tête au Portugal et l’Espagne), malgré une sortie dès le tour d’écrémage, Hervé Renard et ses poulains seront attendus au pays du Nil. Leur driver, qui vise à remporter la 3e CAN avec trois équipes différentes après la Zambie (2012) et la Côte d’Ivoire (2015), «On ira avec des ambitions, c’est normal. Mais aujourd’hui, il y a deux grands favoris : l’Égypte, bien sûr et le Sénégal», note-t-il. Il sait de quoi il parle parce que les «Lions de l’Atlas» ont été sortis dès les quarts.
En phase finale, le Maroc n’a plus atteint la finale depuis 2004 quand il a été battu par la Tunisie chez elle alors que l’unique triomphe en Afrique remonte à 1976. Une bien lointaine époque.

Cameroun, un tenant fragile
On ne peut parler de favoris sans parler du champion sortant. Pour cette séquence, il s’agit du Cameroun qui compile 5 victoires finales (1984, 1988, 2000, 2002 et 2017) dans cette compétition. Emmenés par Clarence Seedorf, novice sur le banc malgré une riche carrière de joueur, les «Lions Indomptables» évoluent dans le groupe «F» en compagnie du Bénin, de la Guinée-Bissau et… du Ghana.
La défense, comme lors de la dernière édition au Gabon, sera le point fort des Camerounais avec, notamment, l’excellent portier de l’Ajax Amsterdam André Onana. On est loin de l’époque des grands noms. Cependant, le Cameroun l’a bien démontré lors de la précédente séquence de la CAN, ce ne sont pas les individualités qui font gagner des tournois.

Côte d’Ivoire, côte d’y croire
Ah les noms ! Quand ont se rappelle que des joueurs comme Didier Drogba n’ont pas pu gagner ce prestigieux graal, on ne peut que confirmer que le football est parfois injuste. La Côte d’Ivoire a dû attendre que l’un des meilleurs attaquants du monde se retire pour être primé en 2015. Heureusement que Yaya Touré n’avait pas subi cette injustice. En tout cas, quatre années après leur deuxième et dernier titre (1992 et 2015)en la matière, les «Eléphants», éliminés dès le premier tour, il y a deux ans au Gabon, chercheront à faire oublier ce malheureux épisode avec les Wilfried Zaha et Nicolas Pépé qui brillent en Premier League et Ligue 1 française dans l’ordre. Serge Aurier & cie devront s’en sortir d’un quartet «D» où l’on recense le Maroc, l’Afrique du Sud et la Namibie.

Ghana, le maudit
En Afrique, il n’y a pas une sélection qui a subi la malédiction comme le Ghana. Les «Blacks Stars» ont toujours atteint le dernier carré lors des 6 dernières participations et joué 2 finales en 2010 et 2015. Sans pour autant monter sur la plus haute marche de l’estrade. Pour cette édition égyptienne, les Ghanéens chercheront à chasse le signe indien. Comme à l’accoutumé, le potentiel est là avec des joueurs de très grande qualité comme les frères Ayew (André et Jordan), Thomas Partey (Atlético Madrid) et les deux expérimentés Christian Atsu et Asamoah Gyan.
Tout ce beau monde sera emmené par James Kwesi Appiah qui a succédé à Avram Grant après la CAN 2017. Lors des éliminatoires, l’équipe avait glané 9 points sur 12 en inscrivant 8 buts et n’en concédant qu’un seul. L’arrière-garde semble être très coriace. Un sérieux atout pour durer dans pareille compétition.

Les retrouvailles du Nigeria
Un autre habitué : le Nigeria qui enregistrera sa 18e participation cet évènement prestigieux. La carte de visite est là : 3 titres (1980, 1994 et 2013) et 4 finales perdues (1984, 1988, 1990 et 2000), les «Super Eagles» sont malgré eux un favori car leur passé et vécu en ont décidé ainsi. Et ce, malgré le fait qu’ils aient manqué les deux derniers opus en Afrique. Gernot Röhr, driver des Nigérians, a affirmé que «Notre objectif en ce moment est de rester humble et de ne pas être trop excité» au moment où le président de la fédération, Amaju Kinick, a indiqué que «Cette équipe a du talent et a reçu le soutien nécessaire.» Un vrai coup de pression pour un team qui faisait partie des cinq Mondialistes africains lors du dernier rendez-vous quadriennal en Russie.

Tunisie, le challenger par excellence
En parlant de la fête planétaire, on rappellera que la Tunisie faisait partie du quintet représentant du continent noir. Pour cette CAN, les «Aigles de Carthage» comptent bien atteindre des stades avancés même s’ils ne sont qu’outsiders. Ils semblent bien armés pour le faire. On notera la forme exceptionnelle de Wahbi Khzri qui avait fait mal à l’Algérie lors de la précédente édition. Aussi, le talentueux Youssef Msakni ainsi que Naïm Sliti. Sans compter la forte présence de 10 joueurs évoluant dans le championnat tunisien. Ce qui pourrait faire la différence connaissant les exigences du football africain et ses spécificités.

L’Algérie attendue malgré elle
Pour rester dans le Maghreb et comme dernière escale il y aura notre équipe nationale. Oui, elle a déçu au Gabon il y a deux ans en faisant des adieux précoces. Pour cet opus 2019, les «Fennecs» devraient passer la phase de groupes sans souci sachant que les deux premiers de chaque poule ainsi que les 4 meilleurs troisièmes se qualifieront en huitièmes de finale. Avec une étoile, qui représente le seul sacre décroché en 1990, brodée sur le maillot, Riyad Mahrez & cie ont l’ambition de faire une campagne aboutie en terre égyptienne.
En tout cas, leur entraîneur, Djamel Belmadi, l’a dit, à maintes reprises, il ne compte pas faire de la figuration en disant que si l’équipe n’envisage pas d’aller au bout, il vaut mieux rester à la maison. Avec une bonne préparation au Qatar ponctuée par deux rencontres amical contre le Burundi (1/1) et le Mali (victoire 3/2), l’EN devrait être prête. Surtout qu’elle sera une équipe à battre malgré elle. Le test contre le Sénégal dans la poule «C» devrait nous renseigner un peu plus sur le niveau réel de notre onze national.