L’Egypte n’est pas novice en matière d’organisation. Oui, on vous l’accorde. Pour preuve, elle va accueillir la Coupe d’Afrique des nations pour la 5e fois (1959, 1974, 1986, 2006 et 2019) de son histoire en 32 éditions. Aucun pays ne peut se targuer de faire mieux. Cela dit, depuis 2006, la dernière fois où les Egyptiens étaient hôtes de la messe africaine, des choses ont changé. Beaucoup même.
Il y a 13 ans, Hosni Moubarak était président. En cet espace temps, il s’en est passé des évènements. Il y a eu une révolution, l’élection du regretté Mohamed Morsi, sa destitution par putsch du maréchal Abdel Fattah al-Sissi. Ce dernier gouverne présentement le pays des pyramides. On ne peut pas dire que tous ces faits saillants et rebondissement n’aient pas changé le visage de cette nation. Et ce, sur le plan de l’économie mais aussi confessionnal et social.
Aujourd’hui, le pays est instable sécuritairement. Cet aspect sera déterminant pour (évaluer) la réussite du tournoi footballistique. Surtout que les exigences seront importantes pour cette séquence avec le passage à 24 participants. Cela veut dire plus d’établissements à garder, de cortèges à escorter et de matchs à sécuriser. La vigilance est recommandée !

«Nous somme un pays sûr»
Même si les voyants ne sont pas au vert à ce niveau, la Fédération égyptienne de football (EFA) s’est voulue très rassurante dès que la Confédération africaine de football (CAF) avait annoncé le nom de la nouvelle terre d’accueil en janvier dernier en remplacement du Cameroun. «L’Egypte, pays de la sécurité, accueille les pays africains et leurs supporters à la CAN-2019», avait tweeté l’EFA. Son patron, Hani Abou Rida, a même révélé qu’«il y a de grands projets concernant la sécurité» en disant penser que «nous n’aurons aucun problème». Même Karam Kurdi, membre du conseil de la structure footballistique, a essayé de laisser la même impression en assurant : «Nous sommes un pays sûr.»
Toute cette confiance contraste avec des aléas qui se sont produits ces deniers mois mais aussi ces derniers jours. Entre attentats dans les lieux touristiques et la mort de Mohamed Morsi, enterré en toute discrétion quelques heures après son décès suite à un malaise en plein procès, la crainte et la tension sont là. Surtout que Morsi était la figure des Frères musulmans. Que, tout amalgame gardé, l’Etat Islamique a souvent privilégié les attaques en guise d’insurrection contre le système militaire. Le régime d’Abd Al-Fattah al-Sissi optant pour les méthodes radicales pour minimiser le risque de dépassement ou d’attentats, la présence et le déploiement de l’armée dans «endroits vitaux» n’est pas à écarter.
Par ailleurs, il y a aussi le phénomène de violence et de fanatisme sportif qui ont marqué le football en Egypte ces dernières années. On se souvient tous de ce match dramatique à Port-Saïd qui a coûté la vie à 74 personnes, pour la plupart des supporters d’Al-Ahly face à la formation d’Al-Masry. A la «maison», les Egyptiens, useront de divers moyens pour aider les camarades de Mohamed Salah à régner sur l’Afrique de nouveau. L’intimidation faisant partie du «jeu», le risque de débordement sera omniprésent. Espérons, tout de même, que le fair-play en sort gagnant de cette prestigieuse compétition.M. T.