Le dossier de l’autoroute Est-Ouest sera réexaminé. Hier, la Cour suprême a ordonné le réexamen de l’affaire de l’autoroute Est-Ouest. C’est l’un des plus gros scandales de corruption de ces vingt dernières années. Financé sur fonds propres de l’Etat, le projet a donné lieu à d’importants trous financiers, de réévaluations budgétaires, à des affaires de surfacturation et à d’importants passe-droits dans l’attribution des marchés.

Le projet a été pendant de longues années au cœur de toutes les polémiques, à la fois sur les surcoûts, sur le montage financier choisi ainsi que sur l’octroi des marchés et sur les sociétés bénéficiaires. En matière de dépenses, l’autoroute Est-Ouest s’est taillé la part de lion dans tous les budgets d’équipement dont a bénéficié le ministère des Travaux publics ces dernières années. Le projet, non encore achevé, aura été un véritable gouffre financier et une niche de corruption qui arrosait beaucoup d’entreprises et de responsables. Prévu initialement pour une enveloppe budgétaire globale de 7 milliards de dollars, le coût de l’autoroute Est-Ouest dépasserait, tout compte fait, les 15 milliards de dollars, voire les 18 milliards de dollars ! L’on parle même depuis quelque temps déjà d’un montant de plus de 20 milliards de dollars, compte tenu des avenants dédiés aux dernières tranches du projet reliant Constantine à Annaba.
Le parquet a d’ores et déjà déblayé le terrain à la réouverture du dossier de l’autoroute Est-Ouest en demandant au Parlement d’enclencher la procédure de levée de l’immunité parlementaire qui protégeait l’ancien ministre des Travaux publics, Amar Ghoul. Sans l’ombre d’un doute, c’est le responsable qui serait le plus impliqué dans ce dossier. Mais l’ouverture annoncée de ce dossier, indiscutablement l’une des plus lourdes affaires ayant entaché la gestion de l’ex-président de la République, va conduire immanquablement à la mise en question d’une réalisation-clés d’Abdelaziz Bouteflika et pourrait mener à l’ouverture d’une instruction contre l’ex-président de la République.
D’autant que son procès est de plus en plus réclamé par la rue et certains partis politiques. Pendant son règne, plusieurs scandales de corruption ont éclaté, dont le scandale Khalifa, Sonatrach et celui, bien évidemment, de l’autoroute Est-Ouest. Selon certains experts, le coût de revient de l’autoroute Est-Ouest est supérieur de 20 à 25% par rapport aux normes internationales, main-d’œuvre, utilités, matières premières, frais d’expropriation compris.

Une nouvelle liste de ministres transférée à la Cour suprême
C’est un secret de polichinelle que de dire que le mode de financement du projet retenu par les institutions algériennes est à même de favoriser la corruption. En effet, de tradition, tous les pays du monde favorisent la formule dite BOT (Bild, Operate and Transfert) pour financer ce genre de réalisations, mais en Algérie ce montage financier a été écarté dès potron-minet au profit de la dépense au moyen de la commande publique, une formule qui a donné naissance à des dépassements et des passe-droits préjudiciables pour l’économie algérienne. Outre le réexamen annoncé du dossier de l’autoroute Est-Ouest, le Parquet général près la Cour suprême a reçu, hier, de la part du Procureur général près la Cour de justice d’Alger le dossier de procédure de poursuite contre de hauts responsables de l’Etat pour des faits liés à l’abus de fonction volontaire, a indiqué hier un communiqué de la Cour. Il s’agit d’un nombre d’anciens ministres, d’un ministre en exercice, d’anciens walis et de deux walis en exercice poursuivis pour des faits punis par la loi liés à «l’abus de fonction volontaire, l’attribution d’indus privilèges et la conclusion de contrats, de marchés et d’avenants en violation des dispositions législatives et organisationnelles en vigueur pour l’octroi de privilèges injustifiées à autrui», précise la même source. Le Parquet général engagera auprès de la Cour suprême la procédure de poursuites judiciaires conformément au Code de procédure pénale, ajoute le communiqué. Sont visés par ce nouveau dossier l’ancien Premier ministre, Ahmed Ouyahia, Abdelkader Benmessaoud, actuel ministre du Tourisme, l’ex-wali de Tissemsilt, Abdelghani Zaâlane, ex-ministre des Travaux publics et des Transports et Youcef Yousfi, ancien ministre de l’Industrie et des Mines. L’on cite aussi quatre autres anciens walis, dont celui d’Alger Abdelkader Zoukh, et deux walis actuellement en poste. Tous ces hauts responsables sont cités dans le dossier Tahkout, transféré à la Cour suprême dans sa partie impliquant les anciens ministres, ministres et walis. Par ailleurs, la Cour de Sidi M’hammed a vu, hier, le défilé d’autres anciens hauts responsables de l’Etat, présumés impliqués dans d’autres dossiers, dont l’affaire KIA dans laquelle sont cités Ahmed Ouyahia et le patron de la marque en Algérie, Hassan Larbaoui. C’est la troisième affaire dans laquelle le nom de l’ancien ministre Ahmed Ouyahia est cité directement. A l’heure où nous mettons sous presse, les auditions se poursuivaient à la Cour d’Alger. Nous y reviendrons.