De notre envoyé spécial au Caire Moumene Belghoul

La 32e édition de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) débute ce vendredi en Egypte. Il s’agit de la plus importante compétition sportive du Continent, toute discipline confondue. Le football, sport roi en Afrique, sera ainsi à la fête durant un mois où les pays participants tenteront de décrocher le si convoité trophée. Le fait que cette édition se déroule en Egypte ne pourrait qu’ajouter à la ferveur et à l’esprit de cette compétition. Le pays des Pharaons est bien l’une des grandes nations footballistiques du Continent. L’histoire retiendra que l’Egypte est à l’origine en 1956 de cette compétition panafricaine particulièrement populaire. Cet évènement semble bien se porter puisqu’il n’a jamais été interrompu depuis 60 ans malgré les turpitudes africaines.(Suite en page 12)

L’organisation sera assurément scrupuleusement suivie. Le controversé Malgache Ahmad Ahmad, élu président de la Confédération africaine en 2017 après le règne sans partage du camerounais Issa Hayatou, a décidé́ que la 32e édition de la CAN se jouerait à vingt-quatre nations au lieu de seize. Ce nombre semble déjà élevé pour une compétition biennale notamment pour un Continent africain où les disparités entre pays peuvent être énormes. Huit stades devaient accueillir les matches, seulement six ont été́ jugés conformes : trois au Caire et un à Alexandrie, Suez et Ismaïla.
Très vite, l’état des pelouses sera scruté, ainsi que la fluidité́ d’une organisation que l’Egypte a récupérée en janvier suite à la décision de la CAF de remplacer le Cameroun, qui avait pris des retards énormes dans l’organisation mettant dans l’embarras une confédération qui a l’habitude des défections de dernières minutes. La sécurité́ sera également un enjeu pour les organisateurs. L’Etat égyptien semble avoir mis les moyens pour faire de cet évènement une véritable réussite. Malgré certaines «alertes».
Le 19 mai, une bombe artisanale explosait à Gizeh, sur le site des pyramides, près du Caire, blessant seize touristes. Depuis des années, l’Egypte est soumise à des actes qui mettent à mal le secteur touristique. Alors que des dizaines de milliers de supporters sont attendues pour la CAN, la question de leur sécurité́ s’impose comme une urgence absolue. Le décès inattendu en détention de l’ex-président Morsi pourrait ajouter à la tension. Il était clair que le retrait à la dernière minute de la ville de Port-Saïd au nord-est du pays, un peu trop proche de l’instable Sinaï, aura été pris par mesure de précaution.
Le Caire ville tentaculaire où vit près d’une vingtaine de millions habitants sera donc la principale station de l’évènement. Le transport dense et encombré dans cette ville tentaculaire ne devrait pas faciliter la mobilité des supporters, des officiels, des visiteurs et des médias arrivés en force pour couvrir l’évènement.
L’Egypte qui a déjà organisé cette compétition par trois fois aura à relever un important défi. Sportif mais aussi géopolitique. Les autorités égyptiennes voudront marquer le retour de l’Egypte sur la scène africaine après les dernières années durant lesquelles le pays des Pharaons a été sérieusement ébranlé. L’Egypte aura à proposer des capacités d’organisation et d’accueil qui dépassent les enjeux diplomatiques vis-à-vis de l’Afrique devenue l’un des champs de ses ambitions géostratégiques. Dans une ambiance de nation sous surveillance et où l’échec de l’équipe égyptienne serait pris comme une tragédie nationale, la CAN reste en effet un évènement particulier.
Aux pieds du mythique fleuve du Nil et durant quatre semaines, le football africain offrira au Continent et au monde ce qu’il a de meilleur. Que le spectacle commence !