Le mouvement de contestation au Soudan a appelé lundi à de nouveaux rassemblements nocturnes pour condamner le «massacre» de manifestants lors de la dispersion le 3 juin d’un sit-in qui se déroulait depuis le 6 avril à Khartoum. Des milliers de manifestants, participant à ce sit-in devant le QG de l’armée pour réclamer un transfert du pouvoir aux civils, ont été violemment dispersés par des hommes armés en tenue militaire, faisant des dizaines de morts, selon des médecins et des témoins. Jeudi, le Conseil militaire de transition, au pouvoir depuis la destitution le 11 avril du président Omar el-Béchir par l’armée sous la pression de la contestation, avait regretté des «erreurs qui se sont produites» lors de la dispersion, assurant ne pas l’avoir ordonnée et que l’objectif de l’opération était tout autre. Selon un comité de médecins proche de la contestation, au moins 128 personnes ont été tuées dans la répression des manifestants depuis le 3 juin, la plupart dans la dispersion du sit-in. Les autorités ont parlé de 61 morts. Lundi, l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation, a mobilisé ses partisans pour de nouvelles manifestations nocturnes mardi. Dans un communiqué, l’ALC a appelé à des manifestations nocturnes dans les quartiers résidentiels de Khartoum et d’autres régions «à partir de mardi pour réclamer un pouvoir civil de transition et pour la condamnation du massacre du 3 juin». L’ALC a indiqué que des manifestations auraient également lieu les mercredi et jeudi soirs et appelé «les habitants des villages, des villes et de tout le pays à y participer et à imprimer et distribuer ce calendrier». Depuis le début du mouvement en décembre dernier, la contestation avait réussi à mobiliser en publiant ses communiqués sur les réseaux sociaux, mais depuis la répression lancée le 3 juin, l’accès a internet est devenu difficile. Les Etats-Unis et l’Union africaine (UA) ont appelé à un transfert du pouvoir aux civils, et dépêché des émissaires à Khartoum pour tenter notamment de pousser à une reprise du dialogue entre les généraux au pouvoir et la contestation suspendu depuis le 20 mai. C’est grâce à une médiation du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed que les chefs de la contestation ont cessé la campagne de désobéissance civile et accepté le principe d’une reprise des pourparlers avec le Conseil militaire. Aucune date n’a encore été fixée pour une telle reprise. «Nous accueillons toujours favorablement cette médiation», a indiqué un leader du mouvement de contestation, Mohammed Naji al-Assam, au cours d’une conférence de presse lundi soir. Il a également condamné «les horreurs commises par les forces affiliées au Conseil militaire». «Douze cas de viols ont été documentés» par des organisations de la société civile, a-t-il assuré, accusant par ailleurs les forces d’avoir perpétré des «meurtres prémédités» et «jeté des corps dans le Nil», durant la dispersion du sit-in. La semaine dernière, le porte-parole du Conseil militaire, le général Chamseddine Kabbachi, avait qualifié ces accusations de «mensonges».n