Rencontré dimanche dernier, en marge de la projection de «La Dolce Vita » de Federico Fellini, le premier film projeté à la Cinémathèque algérienne à l’occasion de la «Semaine du cinéma franco-italien», co-organisée par les Instituts français et italien en collaboration avec la Cinémathèque algérienne, Salim Aggar, son directeur, parle de cette manifestation portant à l’affiche certaines des principales œuvres du patrimoine universel, projetées jusqu’au
23 juin prochain, à la Cinémathèque algérienne, mais également aux instituts italien et français. Il a, par ailleurs, abordé les relations particulières entre les cinémas français, italien mais aussi algérien. Il reviendra également à cette occasion sur la poursuite du programme de restauration, lancé en 2015 avec l’INA français, ainsi que les archives filmiques que conserve la Cinémathèque algérienne. Un patrimoine constitué d’archives écrites, dont des scenarios originaux, de photographies et d’affiches, mais également de près de 60 000 bobines de 16 mm et 35 mm que le centre œuvre à conserver et numériser.

Reporters : La Cinémathèque programme la diffusion de sept des dix films à l’affiche de la Semaine du cinéma franco-italien, comment a été organisé cet événement ?
Salim Aggar : Cet événement a été préparé entre les Instituts culturels français et italien et la Cinémathèque algérienne y est associée en tant qu’acteur majeur dans la promotion du patrimoine cinématographique. Notre collaboration entre dans le cadre de nos partenariats habituels destinés à la promotion du cinéma. En fait, l’Institut français conserve un fonds cinématographique très important, l’Institut italien également et les deux travaillent énormément à la promotion de leurs patrimoines cinématographiques. Les films seront diffusés aux niveaux des trois centres. Et le choix a été fait pour des projections en blue-ray et en DCP. Cela offre la qualité optimale pour ce type d’œuvres. Nous avons pour l’occasion équipé la salle de la Cinémathèque d’un projecteur DCP.

Le public a découvert, ou redécouvert, dimanche, « La Dolce Vita », l’une des œuvres majeures du cinéma italien. Un patrimoine que vous conservez également dans les archives de la Cinémathèque ?
Oui. Le cinéma italien fait partie des plus importants fonds conservés par la Cinémathèque. En fait, les cinémas des pays tels que l’Ita lie, la France, les Etats-Unis, la Russie, ou l’Egypte pour les pays arabes, constituent les principaux lots de nos archives. Nous avons avec eux des relations historiques.

La relation entre les cinémas français et italien a toujours été particulière, faite de concurrence et de collaboration. Pourriez-vous nous donner votre point de vue sur le sujet ?
Il n’y a pas de frontières dans le cinéma. Et j’ajouterai que c’est également le cas avec l’Algérie. L’un des plus anciens accords de coproduction en matière de cinéma avait été conclu avec l’Italie. Et, depuis, nous avons toujours conservé une relation très forte et particulière. A titre d’exemple, l’un des plus importants films de la cinématographie algérienne, « la Bataille d’Alger », a vu le jour grâce au réalisateur italien Gillo Pontecorvo. Par la suite, nous avons également réalisé plusieurs films avec Etorte Scola, notamment « Le Bal », qui avait été nominé aux oscars avec l’Algérie. J’estime donc que nous avons une très forte relation avec l’Italie en matière de cinéma pour des considérations historiques, bien sûr, mais aussi politiques et sociales.

Est-ce également le cas pour le cinéma français ?
La Méditerranée a toujours été un pont ayant uni ses deux rives, nous sommes très proches, et ce qui est valable pour notre relation avec le cinéma italien l’est également avec le cinéma français. Il y a énormément de collaboration entre ces pays. Je rappelle notamment que beaucoup d’acteurs français ont travaillé pour le cinéma italien, à l’image de Philippe Noiret ou Michel Piccoli.

Qu’en est-il des archives de la Cinémathèque ? Où en est aujourd’hui le travail de restauration et de préservation des œuvres ?
Nous avons un fonds très important, près de 60 000 bobines, conservées dans plusieurs centres en Algérie, notamment à la Bibliothèque nationale. Il s’agit essentiellement de films de 35 mm et 16 mm, que nous soumettons depuis 2015 à un programme de restauration en partenariat avec l’Institut national des archives français. Cela a permis de sauver certains films d’une disparition presque certaine. Le meilleur exemple est « Tahya ya Didou » de Mohamed Zinet, que nous avons restauré et numérisé. Il est aujourd’hui l’un des films les plus demandés par les festivals.

Et ce programme de restauration continue ?
Oui, le programme continue, nous avons une petite équipe spécialisée ici, au niveau du Centre algérien de la cinématographie (CAC). Nous attendons d’autres moyens matériels plus importants encore pour poursuivre le travail de préservation. Nous sommes en contact avec le ministère de la Culture, et nous espérons la réception, bientôt, de nouveaux scanners d’essuyeuses spécialement dédiés au programme de numérisation des films.