Le vice-ministre de la Défense a sévèrement critiqué la gestion des affaires économiques durant les quatre mandats d’Abdelaziz Bouteflika. Les vingt ans de règne du désormais ex-président de la République se sont soldés ainsi par une quasi-faillite du pays : les indicateurs macroéconomiques sont au rouge, alors que les positions financières internes et externes vont en se fragilisant. «Il s’avère, maintenant, que la cause fondamentale de la crise économique dont souffre notre pays est un problème de gestion en premier lieu, à savoir que les deniers publics étaient pour certains gestionnaires de l’argent commun, voire permis, où ils se servaient à volonté, quand ils voulaient, en toute impunité et sans contrôle ou considération envers le poids de la responsabilité dont ils portent le fardeau», a déclaré le chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah, dans un discours prononcé lundi.
Les concernés par ces dossiers de corruption, souligne-t-il, «ont perdu tous les attributs de l’engagement, et les exigences de la responsabilité, du fait de la mise à profit de leurs fonctions, leur influence et leur pouvoir pour transgresser les lois et enfreindre leurs limites et leurs règles.
Cette gestion illégale a permis de créer des projets stériles et sans intérêts réels pour l’économie nationale». De prime abord, Ahmed Gaïd Salah n’a fait que dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Un bon point sur cette prise de conscience quant à la nécessité de changer son fusil d’épaule en matière de gouvernance et de modèle économique. Cependant, avec des horizons obscurs au plan politique, en l’absence de consensus sur une feuille de route en mesure de sortir le pays de l’impasse, la crise économique dont parle le vice-ministre de la Défense pourrait s’aggraver davantage, tant il est vrai qu’il y a absence d’un pilote à bord d’un paquebot qui fonce droit vers la faillite. C’était déjà le cas du temps où Abdelaziz Bouteflika était encore président. Les trois éléments les plus significatifs d’une crise financière grave, née non seulement de la dégringolade du cours du brut, mais aussi de la non-gestion qui a caractérisé les différents mandats d’Abdelaziz Bouteflika et de la passivité de ses gouvernements, sont l’amenuisement de l’épargne en dinar, le recours à la planche à billets pour faire face aux problèmes de trésorerie ainsi que la fonte accélérée des réserves de change depuis la mi-2014.
Depuis cette date, marquée par un retournement de situation spectaculaire sur le marché pétrolier, les gouvernements de Bouteflika de ces dernières années ont consommé l’essentiel des avoirs en dinar qui étaient stockés dans le Fonds de régulation des recettes pétrolières (FRR) et qui caracolaient à plus de 5000 milliards de dinars. Cela a conduit droit vers la mise en marche, dès octobre 2017, de la planche à billets comme moyen de financement. Une décision qui témoigne de la gravité de la situation financière dans laquelle est empêtré le pays.
Le pays a perdu également plus de 114 milliards de dollars sur ses réserves de change depuis 2014, signe d’une passivité presque parfaite des précédents gouvernements face à l’aggravation des déficits courant et extérieur. Alors que ces déficits allaient en s’aggravant, on ne peut parler des réformes, car si réforme il y avait eu la situation serait actuellement moins dangereuse qu’il y a cinq ans. Au contraire la crise s’est nettement aggravée. D’où l’urgence de faire redémarrer le train des réformes dans les meilleurs délais.
Le processus d’ajustement budgétaire doit être repris sans délai, combiné à une profonde opération d’assainissement des finances publiques. Ces deux réformes si nécessaires doivent être accompagnées d’autres réformes structurelles et ambitieuses en vue de faciliter la diversification du modèle de croissance et soutenir le développement du secteur privé.
Il est plus que jamais nécessaire également de travailler afin d’améliorer le climat des affaires et assainir l’environnement direct dans lequel évolue l’entreprise, en luttant contre la bureaucratie, en réformant le secteur bancaire, financier et fiscal et en améliorant l’employabilité des diplômés. Une gestion efficiente des finances publiques est également recommandée. Cependant, des réformes aussi complexes et sensibles exigent une parfaite légitimité du prochain président, une condition sine qua non pour l’adhésion des populations à ces réformes.<