Le coup d’envoi de la 52e édition de la Foire internationale d’Alger (FIA-2019) sera donné aujourd’hui au Palais des expositions (Pins maritimes-Alger) avec la participation de plus de 500 exposants nationaux et étrangers, issus d’au moins
15 pays. La manifestation se tiendra dans un contexte de crise économique et politique sans précédent.
L’économie souffre actuellement d’un manque de visibilité et, dès lors, de crédibilité, parce que le pays ne fait pas preuve d’assez de transparence en matière de lutte contre la corruption. Tout semble s’être figé : les flux de crédits bancaires sont au ralenti, peu de discussions de partenariat, et les professionnels dans plusieurs secteurs refusent de signer quoi que ce soit… La Foire internationale d’Alger, drainant à la fois le grand public et les professionnels, a toujours constitué un baromètre de l’économie et de la production nationale, permettant de mesurer, théoriquement du moins, la demande et l’offre en produits locaux et de voir la qualité du made in Algeria. Aujourd’hui, la production nationale, tout le monde en parle, professionnels, autorités publiques et ménages. Il y a toutefois là quelque chose d’exagéré ! Quel est le volume total et réel de la production ? Comment l’assurance de la qualité sera-t-elle garantie ? Quelles sont les filières où il y a suffisamment de produits locaux ? Actuellement, le gouvernement attend qu’on fasse une cartographie globale sur les différentes branches de production.
Force est de constater qu’il s’agit, quelque peu, d’une arlésienne : beaucoup de promesses sur la production locale, mais peu de résultats tangibles. Cette cartographie dont on parle depuis au moins deux ans, devrait permettre de se faire une idée précise de ce dont dispose le pays en matière de production locale. Les responsables font état de besoins colossaux en matériaux de construction, par exemple, pour répondre à la demande des projets de logement en cours de réalisation. Le secteur focalise l’attention parce que créateur d’emplois de valeur ajoutée. Mais, avec l’amenuisement des ressources en devises, le pays aura des difficultés à importer de matériaux.
Et par conséquent, il aura sur les bras des projets qui risquent d’être reportés et un développement à mettre en veilleuse, en attendant que la tempête passe. Encore faut-il qu’elle passe. Actuellement, la situation économique tend à empirer, avec des entreprises en difficulté, complètement dans le brouillard du fait notamment que leurs responsables sont en prison pour des faits en relation avec la corruption ou la surfacturation, avec tout ce que cela implique comme conséquences pour les emplois et la production.
Le gouvernement compte sur l’apport de la production locale d’autant plus qu’il n’a pas assez de revenus en devises pour importer des produits, tous secteurs confondus, et donner plus de consistance à l’offre locale.
Aux dires de beaucoup, le manque d’indications détaillées relatives à la production nationale serait une autre des faiblesses que révèle la politique sectorielle de l’Etat. Le gouvernement ne signale qu’un seul secteur où les indications quantitatives sont relativement claires, celui de l’automobile. Le pays importait à l’époque de l’opulence 500 000 véhicules par an, soit 6 milliards de dollars en valeur.
La branche a été cependant mise au régime ralenti, depuis cinq ans. Au lieu de continuer d’importer des véhicules, le pays a décidé de développer un tissu local de l’industrie mécanique. Problème, il n’y aura pas assez de place pour tous ceux qui veulent monter des usines de montage.
L’Exécutif a déjà commencé à rationner « l’alimentation » en devises de ces usines pour l’achat de kits de montage. Empêtrées dans des scandales, Cima Motors et Sovac broient du noir, leurs patrons étant mis en détention préventive. Dans un contexte pareil, la confiance prendrait du temps à s’établir dans ce secteur très sensible, scruté à la loupe par les constructeurs automobile, de l’autre côté de la frontière.n