L’Irak se prépare à l’éventualité d’une interruption du transport maritime dans le Golfe en raison des tensions irano-américaines, un scénario «catastrophe» pour le deuxième producteur de l’Opep qui y fait transiter la quasi-totalité de ses exportations pétrolières, selon responsables et experts. La crise entre Téhéran et Washington va grandissante depuis des mois et a atteint un nouveau pic la semaine dernière avec l’attaque de deux pétroliers en mer d’Oman, les Etats-Unis accusant l’Iran qui nie toute implication. Le ministère du Pétrole irakien travaille à un plan d’urgence en cas de nouvelle escalade des tensions, affirme à l’AFP son porte-parole Assem Jihad. En outre, le Parlement a appelé les ministres du Pétrole, du Commerce, des Transports et du Plan à se «préparer à affronter les possibles dangers». L’Irak, pris en étau depuis des années entre ses deux grands alliés eux-mêmes ennemis, exporte «la vaste majorité de son pétrole» via son ouverture, à sa pointe sud, sur le Golfe», rappelle à l’AFP Moudher Saleh, conseiller économique du Premier ministre Adel Abdel Mahdi. Le pays exporte 3,5 millions de barils chaque jour, un chiffre qui est resté stable malgré les tensions régionales récentes. «Il n’y a pas de solution de rechange, (nous ne disposons que du port méridional» de la province de Bassora (sud), prévient Assem Jihad. L’Irak tente de réhabiliter un oléoduc qui lui permettra d’acheminer le pétrole, notamment de la province de Kirkouk (nord-est) vers le port turc de Ceyhan (Méditerranée orientale), mais sa remise sur pied prendra encore des années, selon des experts. Pour Moudher Saleh, «des affrontements entre pétroliers ou au sujet du pétrole» près du stratégique détroit d’Ormuz dans le Golfe entraîneraient «une catastrophe pour l’Irak». Un tiers du pétrole mondial transporté par la mer passe par ce détroit qui sépare le Golfe persique de la mer d’Oman, qui longe notamment les côtes iraniennes. Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a affirmé dimanche que son pays garantirait le passage par ce goulot d’étranglement que Téhéran a déjà menacé de fermer en cas de conflit avec les Etats-Unis. «Perdre les revenus du pétrole, ne serait-ce qu’un seul jour, serait un désastre» pour un pays qui tire près de 90% de son budget et la totalité de ses devises étrangères du pétrole, estime l’experte du pétrole irakien Ruba Husari. «Si l’Irak perd la possibilité d’exporter son brut par le Golfe, le pays sera étranglé. Les voies maritimes du Golfe lui sont vitales», affirme-t-elle à l’AFP.<