En décidant, à la fin mai dernier, de mettre en place de nouvelles mesures pour réduire la facture d’importation des kits CKD-SKD destinés à l’assemblage automobile, le gouvernement de Nourredine Bedoui semble avoir bien choisi l’opportunité pour faire passer sa démarche sans risque de riposte de la part des opérateurs concernés, sachant que parmi ces derniers, nombreux se retrouveraient dans le viseur de la justice dès les premiers jours qui ont suivi l’entame du mouvement populaire. Faut-il rappeler, dans ce sens, que quelques jours seulement après l’entame du Hirak, une première liste de responsables frappés d’ISTN (interdiction de sortie du territoire national) comptait déjà des noms d’opérateurs aux commandes d’usines d’assemblage automobile implantées à travers le territoire national. Cette liste avait déjà placé le secteur de l’automobile dans la tourmente avec pour première conséquence, l’annulation du Salon de l’automobile d’Alger, dont le retour devait s’effectuer en mars dernier.
Mais les choses se sont accélérées ces deux dernières semaines avec la mise en détention préventive de deux patrons de montage automobile, à savoir Mahieddine Tahkout, ainsi que des membres de sa famille, président de Tahkout Manufacturing Company (Hyundai), et Mourad Oulmi, P-DG de Sovac Production.
A eux seuls, ces assembleurs de voitures, ayant pu décrocher l’aval du Conseil national des investissements (CNI) pour monter leurs projets respectifs, ont permis à la justice de « démasquer » des empires de privilèges nourris par la corruption et bâtis autour d’un système, agissant avec la bénédiction fortement rémunérée de très hauts responsables, dont les deux ex-Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, placés tous deux en détention provisoire depuis la fin de la semaine dernière.
Reste que le coup de massue que sont en train de porter les procureurs et les juges d’instruction dans le milieu des dirigeants d’usines automobile dans le pays, en attendant l’achèvement des enquêtes, constitue également un coup très douloureux aux entreprises que laissent derrière eux ces derniers. Les centaines d’employés qui y ont été embauchés, et dont un grand nombre ont même trouvé refuge après avoir vu leur ex-employeurs fermer boutique sous le coup de la suspension des importations de véhicules à l’état fini, se retrouvent d’ores et déjà dans un désarroi qu’il n’ont pas hésité à laisser s’exprimer dans des slogans de soutien à leurs patrons, dont Mourad Oulmi avec qui des travailleurs de Sovac se solidarisaient dimanche aux abords du Tribunal de Sidi M’hamed, alors qu’il comparaissait devant le juge d’instruction, avant d’être mis en détention provisoire quelques heures après. Désarroi donc chez les employés d’un secteur automobile, dont les responsables continuent manifestement à usurper le vocable « industrie » plus de quatre années après l’implantation de la première usine du genre en Algérie.
Entre la sous-traitance promise à 15% au départ des projets et 40% au bout de 5 années d’activité, on est bien loin du compte et l’intégration locale promise se trouve toujours réduite à néant, et dans le meilleur des cas à de l’insignifiant, laissant l’importation des kits CKD-SKD et des voitures à plus de 95% prêtes à l’emploi prospérer et alourdir continuellement la facture en devises. Or, c’est bel bien cette facture qui avait été brandie par le gouvernement de Sellal, relayé par celui de Ouyahia, pour imposer de nouveaux mécanismes visant à encadrer le commerce extérieur du pays et équilibrer une balance commerciale menacée par le recul dangereux des prix du pétrole.n