Le chef d’état-major Gaïd Salah a vivement critiqué le système, hier, considérant que la crise économique que traverse notre pays est due, en premier lieu, à la mauvaise gestion de « quelques responsables qui ont bafoué le devoir et le sens de l’engagement
et de la responsabilité ».

Dans son discours particulièrement virulent lors de sa visite à la 3e Région militaire, Gaïd Salah affirmera que «l’heure des comptes est arrivée et le temps d’assainir notre pays de toute personne malhonnête qui s’est laissée tentée de troubler la vie quotidienne du peuple algérien». Gaïd Salah a souligné à cet effet que tous les indices le confirment : «Les deniers publics étaient pour certains gestionnaires de l’argent commun, voire permis, où ils se servaient à volonté quand ils voulaient en toute impunité et sans contrôle ou considération envers le poids de la responsabilité dont ils portent le fardeau ». Cette situation a permis, ajoute Gaïd Salah, «de créer des projets stériles et sans intérêts réels pour l’économie nationale. Ils ont été octroyés de manière sélective, et à des montants astronomiques sous forme de crédits, ce qui a perturbé la cadence du développement en Algérie. Ces pratiques viciées et immorales sont en parfaite contradiction avec la teneur des discours hypocrites de ceux qui les tenaient ».

La réforme de la justice ? Des paroles en l’air
Dans ce contexte d’activité judiciaire inédite où des dizaines de responsables sont déférés et mis sous mandat de dépôt, le premier responsable de l’Armée s’est félicité du rôle actuel de l’institution judiciaire « en déterrant tous les dossiers et en les traitant en toute équité quelles que soient les circonstances, de façon à faire comparaître devant la justice tous les corrompus quels que soient leur fonction ou leur rang social», a-t-il dit. Pour le chef d’état-major, la lutte contre la corruption «n’admet aucune limite et qu’aucune exception ne sera faite à quiconque» et que l’institution militaire veillera à «l’affranchissement de l’Algérie du vice de la corruption et des corrupteurs avant la tenue des prochaines élections présidentielles». Le vice-ministre de la défense a reconnu, au vu de toutes ces affaires désormais étalées, que le système était producteur de situations de corruption.
«Il apparaît clair aujourd’hui au peuple algérien à travers tous ces dossiers présentés devant la justice qu’il a été procédé par le passé et de manière délibérée à la mise en place des conditions propices à la pratique de la corruption. Il apparaît également à travers cela que ce qu’on appelait à l’époque réforme de la justice n’était malheureusement que des paroles en l’air et des réformes creuses qui, bien au contraire, ont encouragé les corrompus à persister dans leurs méfaits et ont été parrainés pour empiéter les droits du peuple et enfreindre les lois délibérément sans crainte et sans aucune conscience », dira Gaid Salah.

Des délais arrivés à leurs limites
Concernant la crise politique, le premier responsable de l’Armée a réitéré son « attachement résolu aux solutions légales et constitutionnelles». Rappelant que «les clés de sortie de cette crise» se trouvent entre les mains de «ceux qui nourrissent en eux-mêmes la vertu de l’altruisme, soit le rejet de tout égoïsme, qu’il soit centré sur une personne, un parti ou autre, en faisant prévaloir l’intérêt de l’Algérie au-dessus de tout autre intérêt», notera-t-il. Pour Gaïd Salah, la priorité aujourd’hui consiste à accélérer l’élection d’un président de la République dans les délais « possibles constitutionnellement et acceptables dans le temps» Et que ces «délais ont atteint aujourd’hui leur limite et il appartient aux Algériens fidèles à leur patrie de trouver, maintenant, la voie la plus efficace pour y aboutir ». Fustigeant ceux qu’il nomme les « adeptes de la surenchère », il dira que l’organisation des élections présidentielles dans les brefs délais et dans les meilleures conditions de transparence et de crédibilité constitue un élément fondamental que requiert la véritable démocratie « à laquelle ne croient pas, malheureusement, certains adeptes de la surenchère politique et idéologique qui considèrent les élections comme un choix plutôt qu’une nécessité. C’est là le summum du paradoxe intellectuel et politique, car il n’y a guère de démocratie sans élections libres et intègres, sauf si la démocratie signifie s’enliser dans le bourbier de la cooptation».

Le dialogue, l’unique voie
Le chef d’état-major réitère la nécessité de réunir toutes les conditions nécessaires pour « tenir des élections pluralistes, précédées par des discussions constructives et un dialogue serein et calme permettant au citoyen d’accorder sa voix à celui qu’il considère apte à conduire le pays sur la voie de la prospérité et du progrès ». Toutefois, prévient-t-il, il faudrait « prendre ses gardes de certaines personnes et entités qui continuent à faire montre d’une opposition fondée uniquement sur le dénigrement d’autrui ou la formulation de nouvelles revendications et de propositions qui ne sont guère adéquates, voire pas du tout objectives, qui s’inscrivent dans le cadre des pratiques non constructives tendant sciemment à faire perdurer la crise». Pour Gaïd Salah un dialogue qui réunit la classe politique, la société civile et les personnalités nationales, reste l’unique voie « vers une rupture effective ».