Le moins que l’on puisse écrire est que l’Assemblée générale des membres de l’Union nationale des paysans algériens (UNPA) de Constantine n’a pas été un long fleuve tranquille.

Plusieurs de ses membres, le secrétaire général de wilaya de l’UNPA, Slimane Aouad en tête, ont pointé un doigt accusateur envers la gestion chaotique de leur chambre et le parachutage d’un nouveau président, qui a remplacé celui élu, 24 heures plus tard. « Une pratique que personne n’a compris et qui a été dénoncée par tous les membres de la chambre, verbalement et par écrit », soulignera le président de la Chambre de l’Agriculture.
A l’ordre du jour de l’AG, il y avait surtout la préparation de
la campagne moissons-battages 2019. Pour cela, le directeur de la coopérative des céréales et des légumes secs, CCLS, a dévoilé les procédés dont dispose la wilaya de Constantine pour assurer une bonne campagne. Le relief a été mis sur les machines moissons-battages à la disposition des paysans, le stockage, le paiement rapide dès la livraison des dépôts des récoltes, le tout à l’introduction d’outils informatiques, comme la carte magnétique. Les agriculteurs oublieront un moment les problèmes administratifs et le remplacement de leur nouveau président par un autre pour ruer dans les brancards. Le motif, encore et toujours, la pesée de leurs récoltes. « On nous casse les oreilles avec leurs moyens informatiques, mais dès que l’on évoque les balances et afficheurs électroniques qui ne trichent pas, nos responsables changent de sujet. La fraude est présente chaque année, à chaque pesée, et s’il y a quelqu’un prêt à me contredire qu’il le fasse », des propos accusateurs lancés par un agriculteur de Béni H’midène contre les travailleurs de la CCLS suspectés depuis des années de mettre de côté des centaines de quintaux lors des pesées des légumes secs de saison. A ce sujet, justement, le premier responsable de la CCLS ne trouvera pas mieux que de quitter la salle sous les huées de plusieurs agriculteurs.
Pesées suspectes et président fantôme Le secrétaire général de wilaya de l’UNPA reviendra, pour sa part, sur les remous qui ne cessent d’agiter la maison agriculture de Constantine. « Lors de la précédente mandature du conseil d’administration, beaucoup d’opérateurs économiques, ont été changés par d’autres faisant fi du règlement intérieur, des électeurs et de la commission des élections ». Il soulignera aussi que malgré ses correspondances au wali et à la tutelle, le ministère de l’agriculture, les choses n’ont pas bougé d’un iota et les malversations économiques et administratives ont, au contraire, augmenté. « Nous n’avons aucune prise sur la réalité du terrain ni sur la réalité des problèmes vécus au quotidien par les agriculteurs. Notre vocation qui est de servir nos adhérents a été dilué, et en plus, nous avons été bombardé par un président fantôme qui se caractérise par ses absences répétées » dira encore M. Aouad. Il brandira ensuite la menace de fermer la chambre, ou réunir les dossiers compromettants et les poser sur la table de de la justice. Pour aller dans le sens des anomalies relevées dans le domaine agricole à Constantine, les incendies de récoltes, huit depuis l’entame du mois de juin, jettent encore un air de suspicion quant à leur origine. Encore et toujours, on suspecte des « alliances » entre certains agriculteurs et des importateurs, une opération qui consiste à brûler des récoltes, recevoir un pactole de l’importateur et se faire payer rubis sur ongles par la CRMA. L’importateur maitrisera mieux le marché, des blés notamment, pour fixer les prix qu’il veut. Des pratiques dénoncées du bout des lèvres par des agriculteurs honnêtes, qui espèrent que… le hirak puisse déplacer son champ des revendications sur le domaine agricole. n