Le programme « Patrimoine » ou « Programme d’appuis à la protection et valorisation du patrimoine culturel en Algérie », prend fin officiellement aujourd’hui par l’organisation d’une cérémonie et d’un séminaire au Centre international des conférences (CIC). A cette occasion, un premier « bilan » du travail accompli de ce programme de collaboration ayant réuni, depuis 2015, les compétences européennes et algériennes pour l’élaboration et la mise en œuvre de projets de sauvegarde du legs historique matériel et immatériel, a été donné lors d’une conférence de presse organisée, hier, au Palais de la culture Moufdi-Zakaria.
L’occasion de revenir sur les nombreux acquis enregistrés en matière de formation, d’inventaire ou de collaboration avec les acteurs associatifs, mais aussi sur les projets encore envisagés à la suite et sur les deux principaux « échecs » du programme constatés au niveau de la mise en œuvre des chantiers de La Casbah et du mausolée Imedghassen (Batna). Des résultats qui donnent ainsi un sentiment mitigé quant à la conduite du programme.

Seul 70% des 24 millions d’euros utilisés
En effet, ce projet avait été construit autour d’une enveloppe financière jusque-là inédite de 24 million d’euros, financée à hauteur de 21,5 millions par la partie européenne et 2,5 millions par le gouvernement algérien. Il a été annoncé, hier, que seul 70% du montant, soit «environ 15 millions d’euros» ont finalement été utilisés. En cause, selon certains responsables, des contraintes et retards dans la sélection des prestataires techniques, ce qui a conduit à l’annulation de «plusieurs » projets, comme le stipule les règles de financement de l’UE. Soulignant néanmoins, durant la rencontre qui a réuni les responsables du ministère de la Culture et de la partie européenne ainsi que des acteurs de terrain, que le programme divisé en trois axes, inventaire, formation et métiers du patrimoine, avait notamment permis «l’organisation de 132 sessions de formation à destination de 170 structures», dont des musées, des associations ou encore des cadres et responsables des directions de la culture de wilaya, ou encore l’octroi de subventions à 17 associations «aujourd’hui capables d’intervenir sur des projets de patrimoine».

L’acquis majeur de la formation et de l’inventaire
Les principaux acquis se situent ainsi dans les domaines de la formation et de l’inventaire, le directeur du patrimoine auprès du ministère de la Culture, Mourad Bouteflika, envisage déjà plusieurs projets à même de poursuivre le travail, nous précisera-t-il, en marge de la conférence. «Ma plus grande satisfaction est le composant inventaire du programme, nous avons eu des dizaines de séances de travail en ce sens, il s’agira maintenant de lancer la mise en place, dans les prochains mois, du data-Center qui sera intégré au projet du futur centre de catalogage», a-t-il déclaré. Un centre qui aura pour tâche la référence des sites archéologiques et leurs constituants au travers d’une application numérique, en autorisant également aux acteurs de terrain d’alimenter la base de données en informations. La création du centre étant par ailleurs «retardée» par la situation politique du pays, «les textes juridiques pour la création du centre sont déjà prêts, mais étant donné les contraintes actuelles, il est pour le moment difficile d’envisager la création de tout établissement », nous explique notre interlocuteur.

Préservation du Tombeau d’Imedghassen avant la fin 2019
Quant aux projets de La Casbah d’Alger et le tombeau d’Imedghassen, deux chantiers «pilotes» qui auraient dû montrer le chemin d’une «action intersectorielle », avait-t-on précisé lors du lancement du programme, il apparaît cinq ans plus tard que les études techniques n’ont pas été suivies d’une action de terrain. Mourad Bouteflika nous explique à propos du site de Batna que « les études qui ont été faites ne permettent pas de lancer une restauration dans des conditions optimales ». Affirmant à ce sujet que «les expertises en matière de diagnostiques, par exemple, n’ont pas livré l’ensemble des résultats attendus. Les travaux d’inspection et de sondage archéologiques qui ont été opérés sur le monument n’ont pas restitué les résultats que l’on attendait (…) Concrètement, nous ne savons pas encore de façon exacte comment est construit le monument d’Imedghassen. Il s’agit d’un constat objectif, sans jugement de valeur, les rapports fournis par l’opérateur nécessitent des approfondissements». Le responsable nous annonce, par ailleurs, que le travail continue tant au niveau de la Casbah que du site d’Imedghassen, assurant que «la préservation d’Imedghassen sera engagée et des ingénieurs structurés seront mobilisés. « Nous espérons cela avant la fin de l’année 2019. Ils auront pour mission de livrer les approfondissements que nous attendons, en partant bien sûr d’un capital d’informations que nous avons déjà».