Reporters : La société civile a tenu avant-hier une conférence nationale pour une sortie de crise. Qu’avez-vous retenu de cette réunion ?
Noureddine Benissad : Ce qu’il faut retenir, essentiellement, c’est la première fois qu’un segment de la société civile autonome se réunit et discute librement. Ensuite, on s’est mis d’accord sur la nécessité d’aller vers la transition démocratique. Autrement dit, du passage du système autoritaire vers un système démocratique. Je crois que c’est l’acquis principal, puisqu’on se démarque de la démarche des tenants du pouvoir et de ses relais qui veulent une transition dans le système, un changement dans la continuité. Nous nous sommes entendus aussi sur les mécanismes de transition, instance présidentielle, gouvernement de compétences, conférence nationale et des mesures d’apaisement et d’ouverture démocratique, avant de revenir à tout processus électoral, notamment la libération des détenus d’opinion, levée des restrictions contre les droits de manifester, de se réunir et de s’exprimer. La mise en place d’une instance indépendante d’organisation des élections et l’ouverture du champ médiatique

Quelle sera la prochaine étape de l’initiative ?
Cette feuille de route doit s’ouvrir à d’autres dynamiques de la société civile pour élargir et obtenir le maximum de consensus. La soumettre à la discussion et surtout expliquer que la transition démocratique est la voie la plus indiquée pour sortir du système autoritaire. On va par la suite aller vers d’autres acteurs de la société pour faire ressortir les points de convergences. Le but est qu’un large éventail de la société se regroupe autour d’une position commune, celle d’aller vers une transition démocratique.
Des observateurs évoquent une difficile cohabitation des idéologies et autres sensibilités politiques qui traversent la composante des dynamiques réunies de la société civile, est-ce vrai ?
La société civile est plurielle et elle est traversée par tous les courants politiques, idéologiques et par les contradictions de la société algérienne. Il faut savoir que les trois principales dynamiques avaient, au départ, chacune sa propre feuille de route et après plusieurs rencontres et discussions, nous nous sommes mis d’accord sur un certain nombre de points. Ce n’est pas un programme politique ou idéologique qui est proposé, mais une proposition de sortie de crise, une contribution d’un segment de la société civile au débat public. Il appartiendra au peuple par la voie d’élections libres de trancher sur les différents programmes politiques et projets de société. Mais, je l’ai souligné, il faut au préalable réunir les conditions démocratiques pour revenir à tout processus électoral. Ce qui n’a pas été médiatisé aussi, c’est la charte d’honneur signée par toutes ces dynamiques autour des libertés collectives et individuelles, de l’égalité devant la loi, de la primauté du droit, du respect de la volonté populaire et de la minorité ainsi que l’alternance au pouvoir. La vocation même de ce type d’initiative est de transcender les postures politiques et idéologiques pour construire des compromis et des consensus pour une période bien précise.