La cadence des affaires de justice semble donner le tournis pour l’observateur ahuri par les noms de personnalités convoquées chaque jour à la barre. Le nombre des mis en cause et leurs qualités sont tels que c’est bien le procès du système qui se déroule devant nos yeux. Il est en effet indéniable que le fait de convoquer des cohortes de cadres de l’Etat pour des enquêtes judiciaires, qui visiblement croupissaient depuis des années dans les tiroirs des services d’enquête sans que la justice ne s’en saisisse, ne relève pas de l’activité ordinaire de la justice. Cependant, ce procès d’une phase antérieure de la gouvernance ne garantit aucunement le passage à une autre plus vertueuse. Ce procès ne saurait d’abord faire l’économie d’un changement radical des habitudes et règles de gestion au niveau des institutions de l’Etat. Et de la nécessité impérieuse de l’ouverture qui devrait indubitablement suivre. Il est aujourd’hui un fait avéré, le pays semble passer irrémédiablement d’une période à une autre. Et quoi qu’on en dise, ce bouleversement ne sera pas sans conséquences sur l’approche future concernant les octrois des postes de responsabilité mais aussi de la gestion de l’argent public. Bien qu’il a été de tout temps notoirement admis que le système a toujours encouragé des situations d’accaparement illicite et d’états de corruption manifestes, il est consternant aujourd’hui de voir de manière tangible pratiquement une grande partie des personnalités du pouvoir passer devant le juge en accusées. Mais cette prompte diligence de la justice ne saurait aucunement faire oublier que la crise politique est toujours à l’état de blocage et qu’il faudrait vite dépasser cette situation pour s’extirper du danger qui guette le pays. Et qu’une justice même libérée ne saurait suffire. Que ce réveil salvateur de la justice ne saurait être ardemment applaudi que lorsque l’on aura basculé définitivement dans une nouvelle Algérie, avec un système plus démocratique.