Une montagne qui accouche d’une souris. Voilà à quoi ressemble le programme de 22 000 mégawatts en énergies renouvelables. Entre ambitions et réalisations, le fossé est abyssal. Les 4 000 MW prévus sont réduits, en l’absence d’investisseurs étrangers, à 150 MW réservés à des investisseurs algériens. Invité hier sur les ondes de la Chaîne III, Tewfik Hasni, consultant en énergies renouvelables, s’interroge tout de go sur les objectifs dudit programme, relevant une «absence de stratégie et un manque de cohérence» dans le domaine. La vraie stratégie, explique-t-il, «doit commencer par un modèle énergétique basé sur un mix énergétique». Outre le triomphalisme précoce, quelles sont les autres raisons n’ayant pas permis l’exécution dans les délais de ce programme des EnR ? Selon M. Hasni, «on a cédé aux lobbies nucléaire et pétrolier». Ce dernier relève la persistance de la volonté de renforcer la primauté des énergies fossiles, indiquant, à titre d’exemple, que Sonelgaz maintient 2 000 MW de turbines à gaz/an pour respecter son contrat avec son fournisseur. «Cela équivaut à 3 milliard m3 de gaz à consommer en plus», argumente M. Hasni, affirmant que l’Algérie «a raté le virage de la transition énergétique». Il insiste sur la capacité de nos voisins à s’adapter à toute l’évolution technologique et aussi à bénéficier de la réduction des coûts. Sur sa lancée, l’invité de la radio a relevé d’autres incohérences, indiquant que les personnes chargées de piloter la construction de structures de production d’énergie solaire n’ont pas eu une vision intégrée pour ce qui a trait à l’acheminement de l’électricité produite vers les lieux de son utilisation, situés dans les régions Nord de l’Algérie, qu’il qualifie de «vecteur déterminant d’une stratégie énergétique». Rebondissant sur le peu de soumissionnaires qui ont été retenus pour réaliser le projet des 150 mégawatts, M. Hasni souligne que c’est parce que la majorité de ceux qui, au départ, s’étaient montrés intéressés et qui se sont finalement désistés, pensaient qu’il s’agissait d’en monter les installations et non pas d’avoir à les gérer 25 années durant.
Notons dans cette optique que 8 entreprises ont soumissionné à l’appel d’offres national pour la réalisation d’installations de production d’énergies renouvelables dans 4 wilaya, sur les 93 entreprises ayant retiré le cahier des charges. Le projet concerne les wilayas Ghardaïa, Biskra, Ouargla et El Oued. Le président de la Commission de régulation de l’électricité et du gaz (Creg), Abdelkader Choual, justifiait ce nombre négligeable de soumissionnaires, par rapport aux candidats ayant retiré le cahier des charges, par la nouveauté de ce créneau pour les investisseurs algériens qui éprouvent des difficultés à élaborer leurs offres techniques. «Plusieurs investisseurs voulaient soumissionner à cet appel d’offres, mais ils ont probablement rencontré des difficultés dans la préparation de leurs offres techniques. C’est compliqué, d’autant plus qu’il s’agit d’un processus tout à fait nouveau chez nous», a-t-il indiqué. De son côté, le ministre de l’Energie, Mohamed Arkab, avait évoqué l’intérêt du gouvernement et du secteur de l’énergie, en particulier, pour le développement des énergies renouvelables en Algérie, affirmant que «l’ambition de devenir un acteur majeur en matière de solaire photovoltaïque constitue pour nous un vecteur de développement au niveau local, mais aussi au niveau du continent africain». Par ailleurs l’invité de la radio a évoqué une incohérence des chiffres. «On continue à nous dire qu’avec les EnR, on économisera 300 milliards de m3 de gaz en 2050. Or, déplore-t-il, on fait l’inverse. La consommation du gaz augmente et le développement des énergies renouvelables ne suit pas.»<