Le chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah effectuera à partir d’aujourd’hui une visite de travail et d’inspection à la 3e Région militaire à Béchar. Lors de cette visite, le général de corps d’Armée « supervisera un exercice tactique avec munitions réelles, qui s’inscrit dans le cadre de la clôture de l’année de préparation au combat 2018-2019, et tiendra des réunions d’orientation avec les cadres et les personnels de la 3e Région militaire ».

Mais le premier responsable de l’armée sera surtout attendu sur les questions politiques et l’activité judiciaire qui se caractérise depuis des semaines par une extraordinaire activité. Après une période relative de silence, Gaïd Salah pourrait très probablement à cette occasion s’exprimer à propos d’une crise politique qui s’est visiblement installée dans la durée. L’extraordinaire et prompte activité de la justice algérienne touchant de hauts responsables de l’Etat a presque occulté cette crise marquée irrémédiablement par une impasse qui dure. Gaïd Salah pourrait ainsi à l’occasion affirmer avoir tenu parole en exhortant l’institution judiciaire à faire son travail en n’épargnant quasiment personne. Jamais en effet dans l’histoire de l’Algérie, une campagne aussi massive de mise en examen et d’incarcération de personnalités politiques et de patrons de grandes entreprises n’a eu lieu. Pas moins de deux chefs du gouvernement se retrouvent aujourd’hui mis sous mandat de dépôt à la prison d’El-Harrach. Des ministres, walis, directeurs et cadres d’organismes d’Etat sont également touchés dans une campagne tout azimut qui laisse perplexe. Le dernier discours de Gaïd Salah date du 30 mai lors de sa visite à la 6e Région militaire à Tamanrasset où il a mis en garde ceux qui cherchent à faire perdurer la crise qui secoue le pays. L’homme fort du pays avait appelé à cette occasion à « un dialogue sérieux et pondéré », le chef d’état-major avait considéré que ceux qui « tendent à exacerber la situation (…) ne peuvent en aucun cas contribuer à créer un climat d’entente mutuelle propice, voire un dialogue calme et serein ». Pour lui, il est clair que
« ceux qui recourent à de telles pratiques sont contre le dialogue sérieux et pondéré ».
« Ce sont des objectifs qui ne sont nullement innocents, dont les instigateurs supporteront les conséquences devant Allah, le peuple et l’histoire», avait-t-il avertit.
En attendant le dialogue
Gaïd Salah qui après avoir reproché à l’élite son immobilisme avait estimé que le dialogue va permettre de trouver les moyens à même de « rester dans le cadre de la légitimité constitutionnelle, dans l’impératif de revenir au plus tôt aux urnes afin d’élire un président de la République conformément à la volonté populaire souveraine». Gaid Salah avait fustigé certains considérés comme « manipulateurs » qui entraveraient une marche considérée comme vertueuse. « Il est certain que ceux qui veulent entraver ces efforts nationalistes salutaires sont des individus et des parties qui agissent selon la logique de la bande, et qui marchent sur les traces de ses porte-voix et ses complices visant toujours davantage de manipulation et de désinformation», avait-t-il déclaré. Le mouvement populaire de contestation a durant son 17e vendredi exprimé son rejet de certaines personnalités encore en poste. Le chef d’Etat par intérim Abdelkader Bensalah et le chef du gouvernement Nourredine Bedoui sont toujours fustigés par un Hirak exigeant toujours un véritable changement et non pas des actions cosmétiques. Durant le vendredi dernier même le chef d’état-major n’a pas été épargné dans les slogans. Près de quatre mois depuis le déclenchement de la crise et la démission de l’ex président Abdelaziz Bouteflika, la question de l’organisation de l’élection présidentielle semble irrémédiablement poser problème. Depuis l’annulation de fait de la date du
4 juillet face à l’impossibilité de l’organiser, tant les Algériens le rejetaient massivement dans sa forme initiale, le scrutin présidentiel devrait faire l’objet d’âpres discussions futures. Sauf qu’au préalable il faudrait bien trouver le cadre du dialogue qui semble sur le principe réunir la majorité mais qui paradoxalement reste encore à engager.n