Après avoir dévoilé sa feuille de route consensuelle pour une sortie de crise, la société civile met désormais le cap sur l’évaluation de ce qui a été entrepris jusque-là avec une projection d’ouverture sur la classe politique. Par WAFIA SIFOUANE
Cette évaluation devrait être amorcée dès la semaine prochaine, selon un membre de la dynamique, dont deux autres animateurs se sont exprimés, hier, au Forum du quotidien El Moudjahid. Il s’agit de Meziane Meriane, au nom de la Confédération des syndicats algériens (CSA), et Arar Abderrahmane, représentant du Forum civil pour le changement.
Les deux conférenciers sont ainsi revenus sur les grands axes de la feuille de route consensuelle, adoptée par la société civile, ainsi que sur les mécanismes qui devraient être mis en place pour assurer une transition démocratique. « Notre objectif premier est de sortir de cette crise politique et aller vers la légitimité. Nous avons mis en place notre feuille de route consensuelle mais nous devons aussi mener une véritable campagne de sensibilisation auprès du peuple pour prendre connaissance du contenu de cette plateforme», a estimé
M. Arar. «Nous irons par la suite vers d’autres dynamiques y compris les partis politiques.
Nous sommes face à un véritable challenge car nous sommes dans l’obligation de prendre notre temps pour assurer la qualité du travail alors que nous disposons de peu de temps. C’est pour cela d’ailleurs que nous avons limité la période de transition entre six mois et une année au maximum », a-t-il relevé.
De son côté, Meziane Meriane, représentant de la Confédération des syndicats algériens, a indiqué que l’Algérie «fait face à une véritable impasse, une situation inédite qui a poussé la société civile à agir». «Nous sommes bien conscients qu’aller vers des élections dans les circonstances actuelles, c’est aller vers l’inconnu. Ce que nous devons revoir ce sont les outils et mécanismes du pouvoir. La constitution a été taillée sur mesure pour un dictateur. Donc si on se réfère à la Constitution telle qu’elle est on nommera un autre dictateur », a estimé Meriane.
Exigences et appréhensions
S’agissant de la question du dialogue avec le pouvoir, les deux représentants de la société civile ont réaffirmé « l’impossibilité » d’envisager un dialogue actuellement. Pour eux, le pouvoir doit impérativement montrer «des signes de bonnes volontés». Pour Abderrahmane Arar, le respect de certaines valeurs passe avant toute tentative de dialogue et cela pour être en phase avec l’esprit du mouvement populaire. «On ne peut aller parler de dialogue alors que les Algériens sont constamment réprimés lors des marches. Le pouvoir doit d’abord répondre à nos exigences telles la libération de tous les prisonniers du Hirak et détenus d’opinions ainsi que la levée de toutes les interdictions qui portent atteintes aux libertés », a-t-il dit. Cependant, les deux représentants de la société civile ont avoué avoir certaines appréhensions quant à la suite du processus de solution, suggéré autour de la feuille de route dévoilée samedi, évoquant notamment « la division qui mine la classe politique ». « Mais plus que cela, il y a surtout le citoyen algérien dans la rue qui risque de ne pas adhérer.
C’est pour cela que nous sommes dans l’obligation d’être à l’écoute de la rue, chose valable aussi pour le pouvoir », a déclaré Meriane. Arar a évoqué, dans le registre des appréhensions, « des forces obscures qui tentent de casser l’initiative de la société civile ». « Il y a des forces obscures qui se battent contre nous, nous les avons déjà rencontrées sur les plateaux télévisées et surtout sur les réseaux sociaux, mais nous ne les considérons pas comme une menace», a-t-il indiqué.
Par ailleurs et concernant la présence d’anciens alliés de l’ancien régime lors de la conférence nationale, Meziane Meriane a affirmé que l’adhésion à l’initiative est interdite aux sympathisants du système. « Les personnes qui ont soutenu l’ancien régime sont bannis de chez nous. Nous sommes ouverts à toutes les dynamiques mais pas à ces personnes-là. D’ailleurs si vous avez des noms d’associations ou organisations pro-ancien régime, n’hésitez pas à nous les faire parvenir », a-t-il soutenu. Dans ce sens, Abderrahmane Arar a tenu à préciser que le débat sera ouvert avec l’ensemble des partis politiques sauf ceux qui sont « responsables de la situation actuelle », a-t-il dit, faisant référence aux partis de l’Alliance présidentielle.
Les deux intervenant ont conclu leur conférence en insistant sur la nécessité de mener une bonne campagne de communication pour informer le citoyen au mieux du contenu de la feuille de route consensuelle et de rester à l’écoute des revendications populaires.<