Reporters : On vous connaît en tant qu’actrice mais aussi comme artiste engagée. Quel a été votre rôle au sein des différentes dynamiques de la société civile qui ont tenu leur conférence le samedi 15 juin ?
Adila Bendimerad : Le Collectif pour le renouveau algérien du cinéma a rejoint, au tout début, le Collectif des dynamiques de la société civile pour une transition démocratique et pacifique. J’ai été l’une des représentantes du collectif pour aller parler, débattre et négocier nos idées. C’est une feuille de route pour laquelle on s’est battus. La conférence tenue samedi dernier a été la rencontre de gens qui ont des idéologies et sensibilités différentes. Il s’agit aussi de gens qui ne viennent pas des mêmes métiers. Il y a des syndicats qui ne sont pas de la même nature que les associations et les collectifs émergents, notamment du mouvement du 22 février. L’élaboration de la feuille de route consensuelle a été un exercice complet aussi difficile que complexe, mais très enrichissant en termes de démocratie.

Que pensez-vous de la feuille de route consensuelle et quelle est la prochaine étape ?
Cette feuille de route est une première proposition, nous ne sommes qu’une partie de la société civile et il va falloir qu’on s’élargisse. D’ailleurs, samedi, il y a eu de nouvelles organisations qui sont arrivées et ont voulu intégrer notre démarche et nous avons essayé de les faire entrer pour ne pas les exclure. Notre démarche doit être inclusive, ouverte. Aussi insupportable que cela puisse nous paraître, nous devons nous imposer cet exercice. Il y a ceux qui veulent retourner à l’élection présidentielle, ceux qui veulent aller vers une Constituante et d’autres qui sont entre les deux. Nous ne représentons ni le Hirak ni l’ensemble de la société civile et c’est pour cela que nous n’avons pas le droit d’exclure qui que ce soit. Il a fallu parler de processus et soumettre notre proposition à l’exercice populaire, car on aura beau faire toutes les propositions, si le peuple ne valide pas, cela ne servira à rien. Ce consensus montre une ouverture différente pour notre pays. Pour la prochaine étape, nous pensons aux étudiants qui ont rejoint notre collectif en tant qu’observateurs ainsi que les enseignants, ce sont deux catégories qui ont déjà leur feuille de route et, avec qui nous devons aussi nous écouter.

Nous assistons pour la première fois, depuis des années, à un véritable échange entre les différents acteurs de la société civile, êtes-vous optimiste quant à l’aboutissement de ce travail ?
Nous ne nous sommes jamais rencontrés et je pense, qu’aujourd’hui, le temps est pour nous. Il faut qu’il soit celui de la réparation, de la reconstruction et du débat, qui est la base de la démocratie. Quand je suis arrivée, moi qui suis venue du domaine du cinéma, où j’ai l’habitude de défendre le théâtre, le cinéma et la liberté d’expression, j’avais certaines certitudes, comme tout le monde, que j’ai dû abandonner. Tout cela est un véritable mouvement et tant que nous ne sommes pas dans l’inertie et la sclérose, tout va bien. C’est à nous d’accepter toutes ces différences pour que l’Algérie soit celle de tout le monde et qu’aucun Algérien ne se sente menacé à cause de sa manière de penser ou sa tendance politique. Personnellement, je pense que je suis en train de vivre les plus beaux moments de ma vie et cela grâce aux Algériens qui sont sortis et ont osé faire la révolution.