Contribution, mais surtout, cri de colère et sentiment d’incompréhension du président de l’Association des «Amis d’Imedghassen» de Batna. Azzedine Guerfi a fait paraître, dans les colonnes du quotidien « El Watan », daté du 15 juin, un texte où il a longuement dénoncé les informations circulant depuis plusieurs mois  faisant état
de l’abandon par le secteur de la culture du projet de restauration du monument d’Imedghassen. 

Le président de l’association, qui active  notamment pour la prise en charge, la médiatisation et la protection de vestiges témoins de la civilisation numide, dans la wilaya de Batna,  exprime haut et fort son incompréhension face à un projet, pourtant initié depuis maintenant plus de trois ans, dans le cadre du programme «Patrimoine » cofinancé pour soutenir les nombreux  projets initiés à travers le territoire national à hauteur de 21,5 millions d’euros par l’Union européenne et par l’Algérie avec 2,5 millions d’euros. Contacté par téléphone, Azzedine Guerfi   souligne qu’il avait, lui-même, communiqué en février 2019, sur cette rumeur d’abandon du projet de  réhabilitation du site  numide par le ministère de la Culture sans qu’elle ne soit démentie par les responsables du secteur. Il nous affirme à ce sujet que  «nous avons eu vent, en fin d’année 2018, que le projet a été abandonné, que les experts étaient repartis et que le fonds qui restait pour le tombeau d’Imedghassen avait été orienté vers d’autres projets (…) Mais il n’y a aucune communication officielle du ministère de la Culture. Nous aimerions  que les responsables du ministère de la Culture démentent ces informations et qu’ils annoncent que tout se poursuit normalement ».
Incompréhension face
à une décision opaque
Azzedine Guerfi explique ainsi, dans sa contribution,  que la première partie du projet, réalisée en collaboration avec le bureau Louis Berger, avait permis la réalisation d’une étude inédite, axée notamment sur des relevés architecturaux photogrammétriques et une représentation graphique du tombeau sur la base d’un modèle 3D. Cette étude, qui a abouti fin 2018 à un rapport, encore «non publié auprès du grand public», aurait pourtant été jugée par les responsables du secteur de la culture comme étant «très en deçà des objectifs fixés en amont», ce qui aurait motivé la décision de stopper purement et simplement le projet. A ce titre, le président de l’association, qui reconnaît au secteur de la culture l’autorité de mettre en cause la pertinence d’un rapport ou d’une étude, dénonce néanmoins le caractère soudain et non motivé du ministère. Il nous confie que  «le drame est que, pour une fois que nous avons une expertise internationale, faite par l’un des plus importants bureaux d’étude et la disponibilité d’un très important fonds international, nous nous retrouvons face à cette situation où l’initiative est stoppée. Alors que le ministère de la Culture lui-même a supervisé et a été mis au courant de l’ensemble des étapes du programme». Le président de l’association  «Les amis de d’Imedghacen » insiste ainsi sur le fait que cette décision « incompréhensible » dans sa forme met également un terme à toute poursuite du programme de financement du chantier de restauration du monument. Il déplore cette situation en nous déclarant qu’«il s’agit d’un gaspillage de temps, d’énergie, d’argent et surtout de compétences (…) Il y a environ un an, nous avons rencontré le responsable de la partie européenne (…) et la possibilité de financer la restauration avait été évoquée. Il nous avait donné son accord de principe pour une rallonge qui aurait pu atteindre les cinq millions d’euros. Cependant, cela avait été conditionné par la validation de l’étude, ce qui n’est plus le cas». Situation qui pose, par ailleurs, d’autres questions d’un ordre cette fois  politique, ajoute en substance le texte de Azzedine Guerfi. Le responsable, qui précise ainsi  que l’Algérie, après avoir reconnu la langue amazighe, devait également prendre en compte le patrimoine matériel témoignant de la culture amazighe. Il  ajoute à ce propos : «Nous avons mis en valeur le patrimoine islamique, le patrimoine culturel arabe, et là, pour une fois que nous avons des fonds pour un projet relevant du patrimoine amazigh,  nous avons un blocage. Est-ce une volonté délibérée d’occulter cette dimension de notre culture ? Je me pose aujourd’hui la question ?» n