Devant l’accélération des auditions et des mises en détention préventive d’anciens ministres et hauts responsables sous Bouteflika, par la justice, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) se montre favorable, mais avertit que l’Etat de droit recherché par les Algériens depuis le 22 février ne peut se suffire d’une justice sélective. « La voie qui mène vers la République exemplaire peut prendre des chemins tortueux, mais elle ne peut se suffire d’une justice sélective », écrit le parti dans un communiqué, sanctionnant la réunion de son secrétariat national, rendue publique hier. Analysant les évolutions de la situation politique nationale à la lumière de la dynamique démocratique de la société, le RCD parle de « l’exacerbation des règlements de compte dans le sérail algérien ». Ce qui est un « corollaire de l’absence de la promotion d’une solution politique démocratique », dénonce-t-il.
Pour le parti de Mohcine Belabbas pourtant, les auditions par la justice des membres des exécutifs successifs qui ont sévi sous le règne du « chef de l’Etat déchu » et les charges graves qui pèsent sur la plupart d’entre eux « démontrent que le pays a été longtemps livré à une faune de prédateurs apatrides sans foi ni loi ». Et de soutenir que «l’Etat de droit auquel aspire notre peuple et qu’anime la mobilisation continue de tous les segments sociaux, à commencer par la jeunesse et les femmes, ne peut être érigé sur l’impunité ou l’amnésie». Cependant, ce n’est pas une raison pour donner carte blanche à l’appareil judiciaire longtemps prisonnier du pouvoir politique. Pour le RCD, « dans le nouveau contrat social que notre peuple finira par imposer, dans la paix, avec ses partis et ses organisations, l’indépendance effective de la justice constitue le cœur et le moteur du nouvel édifice institutionnel ». Par ailleurs, le RCD s’est exprimé sur le dialogue au centre du débat politique depuis quelques jours avec les derniers appels lancés, d’abord par le général de corps d’armée, chef de l’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah, puis le chef de l’Etat intérimaire, Abdelkader Bensalah.Les qualifiant de « ceux qui découvrent le dialogue inclusif et le compromis comme moyens idoines de résoudre les crises », le parti leur réitère qu’ils doivent savoir que « les compromis ne s’opèrent pas sur l’objectif » qui est l’édification pérenne d’un Etat de droit.

Dialogue : Des « mesures d’apaisement » d’abord !
Par contre, « les compromis sur les mécanismes et les délais ne sont pas possibles tant que les libertés publiques sont tributaires des calculs du pouvoir de fait », assène le RCD avant d’énumérer un certain nombre de conditions à même d’apaiser la situation.
« La libération des détenus d’opinion, la restriction de la détention préventive à la seule nécessité de la manifestation de la vérité, la cessation des interpellations de citoyens anonymes pour le seul fait qu’ils «sont soupçonnés de participer à une marche». la levée de l’encerclement de la capitale participent de mesures d’apaisements incontournables », écrit le secrétariat national du parti.
Enfin, le RCD évoque la marche historique du 14 juin 2001 à Alger, lors des événements du Printemps noir vécu par la Kabylie. Tout en s’inclinant devant la mémoire des « 126 jeunes assassinés par les gendarmes», il estime que « la répression et le traitement de la marche programmée dans la capitale ce jour-là constituent l’une des plus grandes tentatives du régime pour attenter à l’unité du pays ». D’où l’interpellation de la justice afin de juger les responsables. «Une justice indépendante, forcément soucieuse de restituer sa mémoire au peuple algérien, se doit, en son temps, de convoquer tous les acteurs et les témoins encore vivants de cet épisode douloureux», conclut le RCD.