Quelques semaines seulement après le lancement des premières enquêtes préliminaires par la police judiciaire de la Gendarmerie nationale, les dossiers transférés au juge d’instruction près la Cour d’Alger, dont certains sont déjà sur le bureau du juge d’instruction près la Cour suprême, impliquant anciens Premiers ministres, ministres et walis, montrent l’implication de tout un gouvernement dans de grosses affaires de corruption. Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, anciens Premiers ministres, ont été auditionnés la semaine dernière par le juge d’instruction près la Cour suprême et transférés aussitôt à la prison d’El Harrach. Amara Benyounès, ex-ministre et président du Mouvement populaire algérien (MPA), a subi le même sort, alors qu’Abdelghani Zaâlane, a été mis sous contrôle judiciaire à l’issue de son audition par la même juridiction.
Un autre défilé d’anciens ministres est attendu dès cette semaine auprès de la Cour suprême, alors que de nouvelles procédures préventives à l’encontre d’anciens cadres de l’Etat et autres patrons ont été lancées depuis hier. Ainsi, l’ancien directeur général de la Sûreté nationale, Abdelghani Hamel et certains membres de sa famille ont été interdits de quitter le territoire national. L’ex-DGSN a été déjà auditionné par le juge d’instruction près le tribunal de Sidi M’hamed en tant que témoin dans l’affaire de saisie de 701 kg de cocaïne au port d’Oran. Il est également reproché à l’un de ses fils d’étendre son activité commerciale portuaire au-delà de la limite de la ville d’Oran, en violation de la réglementation.
Les évènements s’accélèrent également pour des proches d’anciens responsables, dont Lotfi Nezzar, fils du général à la retraite Khaled Nezzar, qui fait l’objet depuis hier d’une interdiction de sortie du territoire national (ISTN), à en croire certaines sources. Lotfi Nezzar est présumé impliqué dans des affaires de corruption, selon les mêmes sources. Il faut s’attendre à ce que la justice accélère davantage le rythme des instructions dès cette semaine.
Nous avons appris, hier, également la convocation de l’ex-patron de Sonatrach, Abdelmoumen Ould Kaddour, par les services de la Gendarmerie nationale de Tlemcen. Le juge d’instruction près la Cour d’Alger devrait entamer la semaine avec l’audition, dès aujourd’hui, du patron du groupe Sovac, Mourad Oulmi. Ce dernier est en garde à vue depuis jeudi dernier dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte à son encontre. Cette enquête implique 52 responsables et hauts cadres de l’Etat, d’après nos sources. La plus haute juridiction, quant à elle, entame la semaine avec l’audition de deux anciens ministres, Karim Djoudi et Amar Tou en l’occurrence, respectivement ancien ministre des Finances et conseiller de Abdelaziz Bouteflika, et ex-ministre des Transports. Abdelkader Bouazgui, ancien ministre de l’Agriculture, l’ex-walis d’Alger, Abdelkader Zoukh et l’actuel wali d’El Bayadh, Mohamed Djamel Khanfar devraient également comparaître dès cette semaine devant le juge d’instruction près la Cour suprême. Djamel Ould Abbès et Saïd Barkat, anciens ministres dans les gouvernements de Abdelaziz Bouteflika, devraient être auditionnés à leur tour dès cette semaine, puisqu’ils ne sont plus protégés par l’immunité parlementaire.
La procédure de la levée de l’immunité parlementaire a été enclenchée pour permettre au juge d’instruire les dossiers de Boudjemaâ Talaï et d’Amar Ghoul, respectivement ancien ministre des Transports et ex-ministre des Travaux publics, tous les deux cités également dans de grosses affaires de corruption. Abdesselam Bouchouareb et Chakib Khelil, respectivement ancien-ministre de l’Industrie et ex-ministre de l’Energie, ont été, quant à eux, destinataires de convocations qui leur ont été adressées par le juge d’instruction près la Cour suprême. Etant tous les deux à l’étranger, le juge pourrait délivrer un mandat d’arrêt international à leur encontre dès cette semaine.
Il faut s’attendre également à de nouvelles mises sous mandat de dépôt, étant donné que nombre de ministres et walis sont cités dans les mêmes affaires pour lesquelles ont été emprisonnés les deux anciens Premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, ainsi que Amara Benyounès et la mise sous contrôle judiciaire de Abdelghani Zaâlane, ministre des Transports dans le dernier gouvernement d’Abdelaziz Bouteflika.<