L’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis ont appelé hier à la sécurisation des approvisionnements en énergie venant du Golfe, deux jours après des attaques près du détroit d’Ormuz contre deux pétroliers, dont l’un est en route vers un port émirati.

Par Shatha YAISH avec Gregory WALTON
Les tensions sont montées d’un cran jeudi dans la région du Golfe après des attaques contre deux tankers en mer d’Oman, rapidement attribuées par les Etats-Unis à l’Iran, qui a démenti. Les Emirats, dont l’une des façades maritimes donne sur la mer d’Oman, ont appelé la communauté internationale à «coopérer pour sécuriser la navigation internationale» et les approvisionnements en énergie venant du Golfe. L’Arabie saoudite, allié des Emirats et grand rival régional de l’Iran, a de son côté demandé une réponse «décisive» aux menaces sur l’approvisionnement énergétique. Les attaques ont eu lieu près du détroit d’Ormuz par lequel transite le tiers du pétrole transporté par voie maritime dans le monde, faisant bondir les cours de l’or noir. Le ministre émirati des Affaires étrangères, cheikh Abdallah ben Zayed Al-Nahyane, cité par l’agence officielle émiratie WAM, a aussi appelé à une «désescalade», sur fond de guerre des mots entre Washington et Téhéran. «La région est complexe et a beaucoup de ressources, que ce soit du gaz ou du pétrole, qui sont nécessaires pour le (reste du) monde. Nous voulons que le flux de ces ressources reste sûr afin d’assurer la stabilité de l’économie mondiale», a-t-il déclaré lors d’un sommet en Bulgarie. Le président américain Donald Trump a affirmé vendredi que «l’Iran a fait ceci», en référence aux attaques, s’appuyant sur une vidéo publiée par le Pentagone, présentée comme l’accostage d’un des tankers par une vedette des Gardiens de la Révolution, armée idéologique iranienne, qui retirent une mine non explosée de la coque du pétrolier. L’Iran a démenti toute implication, jugeant les accusations américaines «sans fondement».

Cargaison hautement inflammable
Visé par l’une des attaques, le méthanier japonais Kokuka Courageous est en route vers les Emirats, a indiqué samedi son armateur. «Nous ne savons pas encore si le tanker va à Khor Fakkan ou à Fujairah car (les deux villes) sont très proches», a déclaré le porte-parole de l’opérateur, qui n’était pas en mesure de préciser quand le navire arriverait. Le Kokuka Courageous a essuyé des tirs jeudi en mer d’Oman. L’équipage, secouru, a dit avoir vu un «objet volant» viser le tanker, où a ensuite eu lieu une explosion. L’armateur avait indiqué précédemment que la cargaison du tanker était intacte. A son arrivée, des experts maritimes tenteront de transférer à quai la cargaison hautement inflammable du navire qui transporte du méthanol, selon un responsable anonyme cité par les médias étatiques japonais. «Du point de vue de la sécurité de l’énergie mondiale, il est nécessaire pour la communauté internationale de gérer conjointement» la situation, a déclaré samedi le ministre japonais du Commerce Hiroshige Seko, lors d’une réunion du G20 sur l’énergie et l’environnement.

Menaces de fermeture du détroit
L’autre navire attaqué, qui transportait du naphta, un produit pétrolier, a été remorqué hors des eaux iraniennes et subira une évaluation des dégâts causés par l’attaque plus tard samedi, a déclaré une porte-parole de son opérateur. «Les 23 membres d’équipage du Front Altair sont sains et saufs», a-t-elle indiqué, précisant que leur rapatriement était en train d’être organisé. Le Front Altair, propriété d’un armateur chypriote d’origine norvégienne, avait été secoué par trois explosions, provoquant un incendie finalement maîtrisé. Les deux attaques interviennent un mois après le sabotage de quatre navires, dont trois pétroliers, au large des Emirats. Washington avait alors déjà pointé du doigt Téhéran, qui avait démenti. L’Iran a à plusieurs reprises menacé de fermer le stratégique détroit d’Ormuz en cas de confrontation avec les Etats-Unis. Les Iraniens «ne vont pas fermer (le détroit). Il ne va pas être fermé pendant longtemps et ils le savent. Cela leur a été dit dans les termes les plus forts», a assuré vendredi Donald Trump. Les relations entre Téhéran et Washington se sont vivement détériorées après l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, qui a rétabli une série de sanctions économiques contre Téhéran et s’est retiré en mai 2018 de l’accord international sur le nucléaire iranien, signé en 2015.n

Le ministre saoudien de l’Energie veut une réponse «décisive»
Le ministre saoudien de l’Energie, Khaled al-Falih, a demandé hier une réponse «décisive» aux menaces sur les approvisionnements mondiaux en énergie après des attaques contre des pétroliers dans la région du Golfe. «Il doit y avoir une réponse prompte et décisive aux menaces sur les approvisionnements en énergie (…) créées par les récents actes terroristes» dans la région, a-t-il dit lors d’un Sommet des ministres de l’Energie du G20 au Japon, selon son compte Twitter. Le ministre saoudien avait indiqué ces derniers jours que son pays suivait «avec une grande inquiétude» la situation dans la région du détroit d’Ormuz par où transite 35% du pétrole exporté par voie maritime. L’Iran, pays frontalier de ce détroit stratégique, a à plusieurs reprises menacé de le bloquer en cas d’attaque des Etats-Unis.