La mise en détention préventive de Ahmed Ouyahia met le RND dans un embarras administratif et organique inattendu et dans une situation qui vire à l’impasse de gestion. Les statuts du parti ne prévoient naturellement pas le cas où le leader du parti, son secrétaire général, pourrait se retrouver en prison. Une formation politique ne peut raisonnablement pas envisager l’éventualité d’être dirigée par quelqu’un susceptible d’être un pensionnaire de l’administration pénitentiaire, ainsi la vacance du poste de secrétaire général au RND n’est admise qu’en cas de démission ou de décès. Qu’importe ! La réalité, aujourd’hui, est que M. Ouyahia est en prison et son parti en position de trouver une parade permettant de nommer un successeur intérimaire. Mais qui ?
Selon les statuts du parti, le secrétaire général qui a la charge de porte-parole peut, en vertu des attributions qui lui sont dévolues, déléguer cette responsabilité à un cadre dirigeant de son choix. C’est ce que M. Ouyahia a fait à l’issue du congrès de mai 2016 en désignant Seddik Chihab en tant que porte-parole et chargé de la communication et de l’information du parti. Ce poste a fait de lui le numéro 2 de la formation et le désignait comme le dauphin de M. Ouyahia. Tout le problème est que Seddik Chihab a été exclu en avril 2019 du parti – de son bureau national et du poste de secrétariat de la wilaya d’Alger – après être entré en « guerre » pour avoir initié des actions «subversives» à l’intérieur des structures du parti en organisant une rencontre du bureau d’Alger qui s’est soldée par l’exigence de la démission de Ouyahia.
Pour M. Chihab, cette exclusion est restée formelle et n’engage pas le parti. Belkacem Mellah, autre figure du RND hostile à M. Ouyahia, explique que « pour que M. Chihab soit officiellement exclu du parti, il doit passer devant la commission disciplinaire dont la décision fera l’objet d’un vote du conseil national. Tout cela n’a pas été fait et juridiquement, donc, il est encore habilité à assurer cette fonction». M. Mellah insiste sur le fait que ses « propos relèvent d’un constat purement technique et juridique et ne vise à défendre personne ». M. Chihab, dont les activités de membre du bureau national et de porte-parole du parti ont été gelées le 8 avril dernier, a indiqué qu’« une réunion du bureau national a eu lieu hier pour voir comment régler la situation actuelle, mais j’ai été exclu de cette réunion. On m’a fait sortir cette histoire comme quoi j’ai trahi l’ex-secrétaire général Ahmed Ouyahia. C’est une approche purement émotionnelle qui n’a pas de place dans le monde de la politique ». « Ces personnes-là au niveau du bureau national se considèrent comme étant les gardiens de l’héritage de Ouyahia, mais les concertations continuent pour trouver une solution à cette situation qui risque de mener le parti vers une crise très grave», a-t-il déclaré.