La machine judiciaire semble irrémédiablement enclenchée comme jamais auparavant. Des noms incarnant jusqu’à la caricature le système sont aujourd’hui non seulement soumis à la question judiciaire, mais aussi mis sous mandat de dépôt. Une privation de liberté provisoire mais qui sonne déjà comme une sanction, une revanche du peuple sur une caste politique qui l’a tellement nargué, et qui n’a pas été à la hauteur de la responsabilité. Les Algériens regardent de fait cette accélération de la justice certes avec satisfaction, mais se demandent si c’est un véritable changement qui s’opère ou c’est seulement une action de conjoncture pour désamorcer une colère populaire qui refuse de tiédir. La stupéfaction de l’opinion est surtout à propos du niveau de pourrissement soudainement étalé par des juges sans concession concernant des responsables jusque-là intouchables.
À écouter les accusations qui touchent les hauts responsables de l’Etat, leurs progénitures et leurs proches, l’on est pris par un glaçant froid dans le dos. Les Algériens savaient que le système actuel était producteur de situation de corruption et de rapine que la vox populi évoquait souvent dans son humour corrosif. Mais aujourd’hui dans une situation économique annoncée souvent comme difficile et périlleuse, ces situations de rente et de détournement laissent pour le moins perplexes. Il devient en effet insupportable de savoir que ces mêmes responsables qui exhortaient les citoyens à se serrer la ceinture, à prôner l’austérité et le « takachouf » il y a peu, se permettaient de siphonner à l’envie à des fins personnelles cet argent public devenu particulièrement rare. Le moins que puissent espérer les Algériens aujourd’hui, c’est que cette justice soit véritablement libérée des injonctions et des influences politiques. Il faudrait impérativement que l’Algérie de demain puisse consolider cette tendance et cette évolution. Et que la justice redevienne irrémédiablement ce pilier sur lequel se repose l’Etat de droit.