Le musée de Constantine, Cirta, a abrité mercredi après-midi une rencontre entre les amoureux de la culture et un «récidiviste» notoire de la chose culturelle. Nadir Benmati, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a encore pris son bâton de pèlerin pour s’en aller semer la bonne parole auprès des fidèles des travées de la culture. De Nice à Paris, en passant par plusieurs villes d’Italie, d’Espagne et… d’Algérie, l’ex-ministre de l’Urbanisme et de la Construction sous le gouvernement Merbah, et ex-professeur d’économie urbaine à l’université d’Alger, revêt l’habit du conférencier amoureux de Constantine, sa ville natale, de la Méditerranée, et de la bibliothèque d’Alexandrie, pour des professions de foi à l’adresse du nombreux public qui ne rate pas une seule de ses conférences. Nadir Benmati est aussi l’auteur d’une douzaine d’ouvrages consacrés à ses sujets de prédilection, cités plus haut. Mercredi donc, il est revenu sur le Rocher pour nous parler de la bibliothèque d’Alexandrie. Si Joséphine Baker clamait son amour pour «son pays et Paris», Benmati, lui, ne cesse de se proclamer comme étant du berceau de toutes les civilisations qu’est la Méditerranée, «coincé» entre son affection pour la ville millénaire qui l’a vu naître et son inclination envers la bibliothèque antique d’Alexandrie. Une petite lueur dans les yeux quand il parle de la ville édifiée par Alexandre le Grand, Benmati passera en revue toute l’épopée de la ville antique et le rayonnement de sa bibliothèque, bien avant l’apparition du livre, le papyrus puis, le parchemin étant les supports essentiels de l’écriture à l’époque. D’ailleurs, le conférencier fera une longue introduction sur justement l’écriture et ses supports « afin que chacun puisse saisir le rôle de l’écriture pour la transmission du savoir d’une civilisation à l’autre à l’aide de scribes et de copistes ».
A travers la virée dans laquelle nous emmène Nadir Benmati, nous nous promenons pour aller importuner l’histoire du berceau de toutes les civilisations, la Méditerranée, l’histoire de l’idéogramme, l’histoire d’Alexandre le Grand, sans oublier le phare d’Alexandrie, et bien sûr la bibliothèque légendaire qui a obsédé bon nombre de clercs, partagés entre le déroulé historique de la bibliothèque et les légendes dégagées par cette même bibliothèque. Benmati titillera aussi Archimède, Aristote, les nombreux Ptolémée, Caracalla, Théodose, Démétrios, Euclide et bien d’autres noms de savants et de scribes de l’époque qui ont fréquenté assidument le savoir entre les étagères pleines de papyrus de la bibliothèque d’Alexandrie, qui l’ont créé ou qui ont pourvu ses habitants de connaissance et d’érudition. Bien sûr, de l’Antiquité au siècle présent, Benmati a retrouvé les relents de son amour alexandrin en l’imposante « bibliotheca Alexandrina » édifiée sur les cendres supposés de la bibliothèque de l’antique Alexandrie brûlée par Jules César au détour d’un chagrin d’amour avec la divine Cléopâtre, dit-on. En 2002, en effet, l’histoire s’est reconstruite avec bibliotheca Alexandrina, qui trône face à la mer qui a vu débarquer Alexandre le Grand avec ses armées conquérantes. Benmati ira toucher du doigt, au sens propre comme au figuré, la nouvelle bibliothèque, faisant un pèlerinage sur des fantasmes culturels inachevés d’une bibliothèque qui n’a jamais livré tous ses secrets, et ne les livrera sans doute jamais.