Les lectures faites par des médias, notamment les chaînes de télévision, sur la détention de Louisa Hanoune ne sont pas du goût des responsables de sa formation politique, le Parti des travailleurs (PT), qui appelle à faire la distinction entre «une détenue d’opinion» et l’arrestation de «corrompus», allusion aux hommes d’affaires et autres responsables politiques qui croupissent en prison.
Indigné par ce qu’il qualifie de «traitement médiatique qui met sur un même pied d’égalité » Louisa Hanoune et les autres détenus, Ramdane Taazibt de la direction du PT, a rappelé la nécessité de « ne pas confondre ou faire l’amalgame entre les corrompus et Mme Louisa Hanoune ». Sa colère fait suite aux «images diffusées en boucle de toutes les personnalités mises en détention préventive », a-t-il expliqué, récusant « une offensive médiatique » contre la cheffe du Parti des travailleurs en détention provisoire depuis le 9 mai.
Louisa Hanoune a été écrouée par le juge d’instruction près le tribunal militaire de Blida « dans le cadre de l’enquête ouverte contre Athmane Tartag, Mohamed Mediène et Saïd Bouteflika, poursuivis pour atteinte à l’autorité de l’Armée et complot contre l’autorité de l’Etat ». Pour Taazibt, le nom de Louisa Hanoune ne doit pas être cité dans le même registre que les autres prévenus arrêtés pour « octroi d’indus avantages dans les marchés et contrats publics, dilapidation de deniers publics ».
Le responsable a pointé du doigt le traitement médiatique que réservent les chaînes de télévision à la vague d’arrestations qui s’est emballée la semaine écoulée avec la mise en détention provisoire des deux anciens Premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal et d’autres ministres. «On assiste à des images insoutenables diffusées par plusieurs télévisions mettant sur un pied d’égalité Louisa Hanoune, détenue politique, qui a combattu sans relâche l’oligarchie, et le régime qui l’a créée de toutes pièces, et les hommes politiques et hommes d’affaires du système et régime », dénonce M. Taâzibt. Plus explicite, il dit que la cheffe du Parti des travailleurs « a combattu et dénoncé les politiques mises en œuvre par quasiment tous les ministres mis sous mandat de dépôt et les autres encore en liberté, tout comme elle n’a cessé d’alerter contre les dérives des hommes d’affaires qui s’adonnaient à des activités nocives pour le pays et la population ». M. Taazibt cite, entre autres, « la prédation, le siphonage de l’argent public, les avantages scandaleux, la surfacturation dans le commerce extérieur et caporalisation des institutions de l’Etat ». Plus offensif, il estime que « contrairement à ces corrompus, la cheffe du PT n’a commis aucun crime sauf celui d’avoir toujours agi pour l’intérêt de la nation et pour la satisfaction des revendications de la majorité du peuple», relevant que dès le déclenchement de la révolution populaire du 22 février, toutes les activités de Mme Hanoune confortaient les revendications exprimées par la rue et plaidaient pour la consécration de la révolution.
Sur un autre volet, le cadre du PT n’omet pas de rappeler, face à la réjouissance exprimée par le peuple lors de cette vague d’arrestations, que la «principale revendication du mouvement populaire en cours est le départ du système et de tous ses symboles». Pour lui, «l’emprisonnement de responsables de premiers plans ne règle pas le problème qui reste entier».