La nouvelle de la comparution du directeur du CHU de Constantine n’a pas surpris grand monde. Tout un chacun savait que cela aller arriver tôt ou tard, il s’agissait de savoir quand. Le «quand» a été mercredi dernier où M. Benissad, le premier responsable du Centre hospitalo-universitaire de Constantine Benbadis, a comparu devant le juge d’instruction et du Procureur près la Cour de Ziadia, en compagnie de plusieurs autres cadres de l’institution hospitalière. «L’hôpital est au Tribunal », ironisera un des rares cadres du CHU à n’avoir pas été inquiété.

Ainsi, le couvercle de la marmite a été enlevé et des senteurs de viande sont montées aux narines du juge d’instruction et du Procureur, vu que les principales accusations portent sur l’approvisionnement du CHU de Constantine en… denrées alimentaires, la viande essentiellement, qui manquaient curieusement dans les assiettes des malades, et ce n’est pas le directeur des lieux qui en est responsable uniquement.
En langage des travées des tribunaux, plusieurs personnes sont poursuivies pour une responsabilité variable dans des affaires liées à « l’obtention et l’octroi d’indus privilèges » et « abus de fonction », selon un communiqué des relations publiques de la Sûreté de Constantine. Le Directeur général, le chef de bureau des marchés de la structure sanitaire et un fournisseur, bien connu des services de contrôles depuis des années, ont été placés sous contrôle judiciaire après des auditions qui se sont poursuivies tard dans la nuit de mercredi à jeudi.
L’ombre de Ould Abbès
On se rappelle que l’affaire de la fourniture en denrées alimentaires a alimenté la chronique locale, il y a quelques années, le principal fournisseur, fort d’appui certains n’ayant pas été inquiété, narguera même la presse en leur promettant de leur fournir les vrais corrompus et corrupteurs dans une affaire qui tourne à quelques centaines de millions par mois, et ce, pendant des années. La justice a été débouté, alors, et le directeur du CHU, qui affichait ses accointances avec l’ex-ministre de la Santé, Djamel Ould Abbès, promu par ce dernier DG du CHU, régnera sans partage sur le corps médical qu’il fera et défiera à sa guise. Les docteurs et professeurs qui s’opposeront aux oukases de Kamel Benissad seront rattrapés par les directives de Ould Abbès portant sur «orientations» vers la retraite de toutes blouses blanches ayant atteint l’âge de 67 ans.
Pour revenir à l’affaire de l’approvisionnement en denrées alimentaires, ressuscitée par une justice new-look, les cadres présentés dans le cadre de cette affaire, une dizaine, essentiellement issus du département de la commission d’ouverture des plis, ont été libérés. Les poursuites judiciaires concourent à des enquêtes menées auparavant par les services de la brigade économique et financière de la police judiciaire près la Sûreté de wilaya, concernant des marchés publics et violation de la réglementation et législation en vigueur.
«Ce n’est que la partie visible de l’iceberg CHU de Constantine. Il y a aussi les marchés en approvisionnement en matériels médicaux, l’entretien des murs et espaces verts, l’argent des fonds sociaux, les détournements supposés par les membres du syndicat, et surtout, entre autres, le fameux pavillon d’oncologie qui n’a pas encore vu le jour après douze ans de travaux, et là, il n’y aura pas que l’actuel directeur qui sera inquiété ». Affirmations sans équivoque d’un ex-syndicaliste, mis hors-jeu par le… directeur général de l’hôpital lui-même pour avoir dénoncé les agissements des autres élus syndicaux. n