L’ombre du triste anniversaire du Printemps noir a plané sur le 17e vendredi de marche populaire. Un climat de tristesse, de grogne, a transformé ce rendez-vous hebdomadaire de contestation en une véritable commémoration du 18e anniversaire du Printemps noir dont le point culminant était la marche du 14 juin 2001 réprimée par les forces de police.
Dix-huit ans sont écoulés sur les affrontements qui ont fait une centaine de morts et des milliers de blessés dans les wilayas de Kabylie, et l’immense douleur est toujours vivace. Elle est visible sur les visages des citoyens et citoyennes, venus hier manifester dans les rues et les artères de la capitale qui étaient interdites d’accès un certain 14 juin 2001.
De la foule se dégageait l’ampleur du douloureux souvenir de ces journées fatidiques, notamment en écoutant les slogans qui fusaient et qui catapultaient les esprits à une période qui a endeuillé tout le pays.
Hier, des hommes, des femmes et même des enfants ont investi la rue pour dire haut et fort qu’ils n’ont pas oublié les crimes commis et le deuil imposé à une centaine de familles algériennes. Loin d’oublier, ils ont aussi réclamé que justice soit faite et que les responsables et commanditaires soient jugés en ces temps d’emballement judiciaire qui voit de hauts responsables défiler devant les tribunaux avant d’atterrir dans les prisons. Ce sentiment de ne pas laisser le crime impuni était visible parmi les manifestants qui font preuve
«d’indulgence» envers les responsables de l’époque.
Les manifestants ont demandé à ce que justice soit rendue aux familles des victimes en inculpant les hauts responsables du régime. Dans certains mots d’ordres et autres slogans de circonstance, les manifestants convoquaient, pêle-mêle, le Premier ministre de l’époque, son ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni, qui aura marqué les esprits par ses interventions. Les responsables militaires n’étaient pas épargnés ni oubliés par les manifestants. Ces derniers ont brandi les portraits des jeunes assassinés durant cet période, notamment celui du jeune lycéen Guermah Massinissa que M. Zerhouni avait qualifié de «voyou». Un assassinat qui a été l’élément déclencheur de «Thafsut tavarkant».
Les manifestants portant des drapeaux berbères et l’emblème national et les femmes en robes kabyles de par leurs couleurs vives scandent en chœur des mots hostiles au pouvoir. Un imposant cortège s’est ébranlé derrière une banderole portée par des marcheurs sur laquelle était inscrit «on nous a séparés en 2001. Unis en 2019, on vous brisera», en réponse aux plans pernicieux et machinations auxquels a eu recours l’ancien système pour semer la division parmi les populations.
L’affliction des Algériens provient actuellement des responsables de ces assassinats qui demeurent impunis, alors que des jeunes sont partis à la fleur de l’âge pour avoir réclamé, comme toute l’Algérie aujourd’hui, dans sa totalité, une Algérie indépendante, un Etat démocratique où les libertés collectives et individuelles seront respectées.