De nouveau, la pression sur Sidi Saïd. Les syndicalistes de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) sont revenus, hier, à la charge pour mettre la pression sur le patron de l’organisation, dont le départ est plus que jamais exigé.
Un rassemblement a regroupé des milliers de travailleurs affiliés à la Centrale syndicale qui, en plus de la dénonciation du règne de Sidi Saïd, ne veulent pas que le congrès de l’UGTA, prévu dans une semaine, se solde par une « énième trahison des aspirations des travailleurs ». Pour eux, le congrès devrait être celui du changement.
« Nous sommes plus que jamais déterminés à nous réapproprier notre organisation syndicale. Nous gardons le cap et nous ne désespérons pas de voir nos objectifs se réaliser dans les semaines à venir », témoignent des syndicalistes devant le siège de l’UGTA, où un imposant dispositif de sécurité avait été déployé dès les premières heures de la journée.
Lancées ainsi depuis deux mois, dans le sillage du mouvement populaire qui réclame le départ des figures du système, les actions visant la tête de Sidi Saïd tendent visiblement à s’inscrire dans la durée. La perspective d’un départ du successeur d’Abdelhakim Benhamouda, à l’occasion du prochain congrès, ne suffit pas les syndicalistes de l’UGTA. Car, outre le départ immédiat de Sidi Saïd, les protestataires ont également dénoncé, lors du sit-in, ce qu’ils qualifient des travailleurs, mais les instances actuelles pour remplacer le secrétaire général et, éventuellement, quelques secrétaires nationaux. Un congrès où les travailleurs seront les grands absents, soupçonnent les manifestants. Ce qui n’est pas rassurant pour eux. Ces derniers craignent de voir le congrès évacuer les problèmes réels des travailleurs et de leurs familles : austérité, pouvoir d’achat, salaires, IRG, subventions, protection sociale, retraite, chômage, précarité de l’emploi, avant-projet du code du travail, éducation, santé, privatisation, prédation.
Ainsi, les syndicalistes frondeurs dénient le droit à la direction actuelle de l’UGTA de prendre la moindre décision qui engage la centrale, notamment l’organisation du congrès. Ils rejettent toutes les démarches qu’ils jugent « illégales et anti-statutaires », entreprises par le secrétariat national actuel. Pour eux, seule la Commission exécutive nationale (CEN) est habilitée à préparer et à organiser un congrès. Cette action confirme, si besoin est, que Sidi Saïd n’a jamais fait face à une telle mobilisation des syndicats depuis son installation à la tête de la centrale syndicale, il y a plus de 22 ans.
Dans une récente déclaration à la presse, Abdelmadjid Sidi Saïd avait expliqué que le prochain congrès devrait « élire une nouvelle direction », et que lui-même ne sera pas candidat à un nouveau mandat. « En janvier dernier, j’ai annoncé que j’allais me retirer, donc bien avant le début du Hirak. Je vais transmettre le pouvoir à une nouvelle direction lors du prochain congrès », avait-il indiqué. Refusant d’admettre qu’il a réagi aux pressions populaires, le secrétaire général de l’UGTA a indiqué qu’il s’agit de sa propre décision. « Je n’organise pas ce congrès par contrainte. Je ne suis pas candidat. C’est ma propre volonté que j’ai déjà exprimée en janvier dernier », avait affirmé Sidi Saïd.