Avec l’annonce des partis et personnalités de l’opposition, regroupés au sein des Forces du changement pour le triomphe du choix du peuple, d’organiser une conférence nationale vers la fin juin, l’on compte désormais trois initiatives du même genre.

En effet, avant eux, le Collectif des dynamiques de la société civile a annoncé la tenue d’une conférence nationale pour le 15 de ce mois, soit samedi prochain. Bien avant, le Front des forces socialistes (FFS) a appelé à une conférence de concertation regroupant toutes les forces vives. Les trois projets visent le même objectif : trouver une issue à la crise que traverse le pays depuis le 22 février et ce « moment révolutionnaire » que vit le pays qui veut en majorité le départ du système. Ils représentent des initiatives qui s’inscrivent en opposition à l’appel au dialogue lancé par le chef de l’Etat intérimaire, Abdelkader Bensalah, dans son dernier discours à la Nation, le 6 juin dernier, et durant lequel il a invité « la classe politique, la société civile et les personnalités patriotiques nationales, jalouses du devenir de l’Algérie, à opter pour le dialogue inclusif ». Un appel qui n’a trouvé aucun écho au sein de l’opposition ni parmi les personnalités politiques nationales ou la société civile engagée, principalement en raison du statut « impopulaire » et « rejeté » de son auteur, le président de l’État souffrant d’une défiance abyssale de l’opinion nationale, essentiellement aussi du fait qu’il ne propose comme sortie de crise que la tenue d’une élection présidentielle dans les « plus brefs délais ». Ce que tous les courants d’opposition – qui vivent aujourd’hui une séquence de regain d’activité « boostée » par le Hirak et sa puissance de mobilisation actuelle – n’entendent pas accepter. Samedi prochain, le Collectif de la société civile, qui regroupe trois dynamiques – le Collectif de la société civile pour la transition, le Collectif des syndicats algériens (CSA) et le Forum civil pour le changement – dévoilera sa feuille de route à l’occasion d’une conférence nationale qui devrait rassembler un peu plus de 300 participants. Le projet s’articule autour d’une période de transition dont la durée permettra de jeter les bases d’un système de gouvernance en rupture avec l’ancien avant de revenir au processus électoral à travers l’organisation d’une présidentielle. Cette phase, qui sera gérée par une instance collégiale ou une personnalité consensuelle, selon ses initiateurs, est de faciliter le départ du système avec le duo Bensalah-Bedoui et la mise en place du climat de concurrence politique à travers l’institution d’une commission indépendante d’organisation des élections.

A quand une synergie des forces ?
Les Forces du changement pour le triomphe du choix du peuple proposent presque la même chose, en appelant à une conférence élargie, devant se tenir le 29 juin, une date qui reste provisoire pour l’instant. La feuille de route proposée déjà précédemment tourne autour d’une période de transition limitée à six mois, lors de laquelle les prérogatives du président sortant seront transférées à une instance présidentielle composée de « personnalités nationales crédibles, honnêtes et compétentes ». L’instance sera appelée à nommer un gouvernement de compétences nationales pour la gestion des affaires courantes, de mettre en place une commission nationale indépendante d’organisation des élections et enfin de réviser la loi électorale de façon à garantir des élections libres et transparentes.
Quant au FFS, qui poursuit ses rencontres avec les partis et les personnalités dont les dernières l’avaient conduit à discuter avec le RCD, des cadres du PT, et bien avant avec Ali Yahia Abdennour, Taleb Ibrahimi et Mustapha Bouchachi, entre autres, sa conférence non encore fixée est sans préalables.
A la mi-mai, le FFS a estimé «plus qu’indispensable, voire urgent », d’accélérer la cadence des rapprochements d’idées et de visions, pour arriver à « la tenue d’une conférence nationale de concertation et de dialogue regroupant les forces vives du changement démocratique dans des délais raisonnables ». Pour réussir cette rencontre, le FFS propose qu’elle soit « sans préalables et sans conditions », dans l’objectif, a-t-il souhaité, de « servir d’assise et de rampe de lancement à un vrai pacte politique consensuel qui définira par la suite les contours du processus de transition démocratique dans le pays ».
Au finish, on s’aperçoit que les trois conférences plaident la même cause d’un processus transitionnel rendant difficile, voire impossible, un retour à la situation de gouvernance politique qui a prévalu avec la date couperet du 22 février.
On observe cependant qu’elles ne sont pas indemnes du risque d’un échec. Si la logique de leurs initiateurs est de changer de « logiciel » de gouvernance au pays, il n’est pas sûr qu’elle soit à l’abri des aspérités subjectives et des questions de vision et de leadership qui ont, par exemple, rendu difficile le consensus auprès des acteurs associatifs de la société civile. Les opportunités de rapprochement et de convergence ne manquent cependant pas. Le Collectif de la société civile compte s’adresser aux partis dans une seconde phase, les Forces du changement ont prévu d’associer les dynamiques de la société civile à leur démarche, alors que le FFS n’a exclu aucun acteur de sa série de rencontres.