Dimanche 9 juin, l’Institut Cervantès d’Alger accueillait avec le soutien de l’ambassade d’Espagne une table ronde sur le thème du « dialogue poétique » et des « nouvelles voix » engagées aujourd’hui dans l’échange esthétique et culturel entre les deux rives de la Méditerranée. Parmi les poètes conviés, l’Espagnol Juan Carlos Abril qui a parlé de son expérience créative et croisé ses vers avec ceux du poète tunisien Achref Kerkeni et des poétesses algériennes Nosaiba Attallah et Amina Mekahli. L’occasion de l’interroger sur la résidence d’écriture à laquelle il a pris part en Tunisie
et sur l’art de faire des poèmes « casseurs » de frontières et passerelles de culture… Entretien.

Reporters : Pouvez-vous nous parler de votre expérience lors de la résidence culturelle qui a eu lieu en Tunisie avec les poètes maghrébins et son apport sur le plan culturel ainsi que personnel ?
Juan Carlos Abril : L’échange était très enrichissant. Nous avons partagé plusieurs choses ensemble tant sur le plan artistique que culturel. Les deux jours que nous avons passés ensemble étaient très productifs et dynamiques. Nous avons fait des connaissances humainement enrichissantes. Nous étions ouvert à nous connaître et à nous découvrir sur le plan artistique et personnel. Il faut savoir que ce n’est pas la première fois que la culture espagnole est mise en contact avec la culture maghrébine. Ce dialogue inter-civilisationnel ne date pas d’hier. Ce rendez-vous poétique était une suite aux rencontres d’échanges et de partage dans la continuité des échanges qui avaient eu lieu tout au long de l’histoire entre les pays méditerranéens. D’autre part, je ne nie pas l’existence des frontières entre les pays du monde, plusieurs types de frontières d’ailleurs, qu’elles soient économiques, politiques, géographiques ou autres.

Justement quel serait le rôle de la poésie pour dépasser ces frontières ?
A ce propos, je dirais que la poésie rompt ces frontières. La poésie est un langage qui ouvre les territoires fermés. Parce qu’elle rapproche les sociétés et les nations du monde en unissant les volontés. Nous espérons que ce type d’échanges ne sera pas le dernier et qu’il y aura d’autres projets en commun. Je souligne que je suis très content d’avoir participé à cette aventure culturelle.

Comment s’est fait le choix des poèmes que vous avez lus lors de la rencontre poétique à l’Institut Cervantès ?
Dans la rencontre, chacun de nous a lu les poèmes les plus significatifs pour lui. En vérité, le choix a été très subjectif. Ce qui est essentiel, c’est de transmettre des émotions selon la sensibilité propre à chaque poète.

Votre séjour en Algérie était-il une opportunité pour découvrir la littérature et la poésie algériennes et celle du Maghreb ?
Je tiens à vous dire que c’est la première fois que je viens en Algérie, et j’espère que ce ne sera pas la dernière. Oui. Je connais des poètes et des poétesses du Maghreb. J’ai une amie poétesse algérienne, Samira Negrouche. Je vous informe aussi que j’ai l’habitude de lire des auteurs maghrébins.

Quelle place occupe aujourd’hui la poésie en Espagne ?
Il faut être conscient que la poésie est en vérité un langage de minorité. Aujourd’hui, en Espagne, nous comptons un nouveau type de poésie dans un langage plus familier et dialectal. Il faut savoir que le poète est une personne comme les autres qui doit assumer toute les tâches quotidiennes. Le poète est une personne qui doit travailler pour améliorer sa productivité littéraire. Il ne reçoit aucune révélation divine. Je reconnais que la situation de l’artiste est difficile en Europe aussi. Publier un livre de poésie ne suffit pas à vous nourrir. Mais, en Espagne, heureusement, il y a un très bon espace pour la poésie.