La liste des responsables auditionnés par la Cour suprême, placés sous mandat de dépôt ou soumis au contrôle judiciaire, s’allonge jour après jour. A ce sujet, l’économiste Abdelhak Lamiri, intervenant hier sur les ondes de la Chaîne III de la Radio nationale, estime que «les gens qui ont corrompu le système doivent être certes pénalisés, mais il faut aller vers une logique de sagesse où il faut dépasser l’esprit de prison, de règlement de compte et de vengeance». Il propose de s’inspirer de «l’esprit de Mandela qui pense de la sorte pour, ainsi, aller vers une politique du pardon et construire cette IIe République propre, sans corrompus ni corrupteurs, où seule la loi est appliquée pour tous». À ses yeux «une politique d’apaisement parce qu’il y va de l’avenir économique du pays pour permettre de mettre une stratégie d’investissement, de développement de PME, afin que le secteur industriel reprenne ses droits et ainsi tout sera remis dans l’ordre», s’impose aux côtés d’autres mesures. Le professeur Lamiri cite la nécessité «d’instaurer des politiques managériales pour les entreprises en difficultés, particulièrement à l’ombre du marasme politique conjoncturel, afin d’aider notre économie à surmonter le cap». Dans la même optique, il appelle à la «sagesse collective» pour «atteindre ces objectifs dans un minimum de calme politique et à moindre coût». Cettwe prudence que réclame l’universitaire s’étend à la transition politique qui devra se faire dans un «calme politique» au sein duquel sera établi un dialogue serein entre les acteurs de la société civile et les décideurs. De la sagesse, oui. De la vigilance aussi. L’universitaire met en garde contre de nouveaux affrontements au sein de la société dans une situation explosive. Un risque qui peut mener l’économie droit vers la récession, voire vers la dépression et l’éventuelle hypothèque de l’avenir du pays. Enchaînant, le Pr Lamiri déplore qu’on soit «déjà en récession sachant que le taux de croissance régresse déjà de 1,5 points sinon plus». Analysant la situation actuelle, économique notamment, l’universitaire dira, dans une formule oxymorique, qu’«on est dans une logique de désordre pour le moment», mettant en garde contre l’impact «très négatif sur l’économie, les entreprises et le comportement des agents économiques». Les craintes de l’universitaire sont confirmées par des chiffres qui donnent froid dans le dos. Les réserves de change risquent de passer sous la barre des 80 milliards de dollars. Et c’est toute l’économie nationale qui encourt un risque de plus en plus grandissant. Pour M. Lamiri, «nous sommes déjà en situation compliquée parce qu’on voit que les acteurs de la transition sont divers et les stratégies ne sont pas coordonnées». Trop tard ? Pour rebondir, l’expert préconise de «s’inspirer des transitions réussies». La transition politique qui, selon ses dires, ne fonctionne pas pour le moment comme il se doit, devra atteindre deux principaux objectifs : la construction d’une nouvelle République démocratique moderne et un fonctionnement économique de haut niveau, mais surtout récupérer le maximum de richesses nationales dilapidées.
Par ailleurs, il convient de rappeler que le Pr Lamiri, dans une récente déclaration, a déploré que «malheureusement, depuis les années 90, on s’est organisé pour échouer», précisant qu’«on avait tout pour réussir et bâtir une économie forte, mais il y a un niveau d’incompétence flagrant au niveau des hautes sphères». Préconisant la récupération d’un maximum d’argent possible, des gens qui ont transféré des sommes astronomiques vers les banques étrangères, et ce en usant des voies normales avec un minimum de pénalités pour pouvoir, ensuite, financer le développement de l’économie pour les années à venir.